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RDC: au moins quatre morts dans l'évasion massive de Bukavu (nouveau bilan)

06/06/2014 05:47 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

Au moins quatre personnes ont été tuées jeudi lors de l'évasion de 301 détenus de la prison centrale de Bukavu, ville de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a déclaré vendredi une responsable judiciaire.

"Le bilan actuel fait état de quatre personnes mortes, deux militaires commis à la garde et deux détenus qui tentaient de s'évader", a expliqué à l'AFP Gisèle Balegamire, ministre de la Justice et Droits humains pour la province du Sud-Kivu, dont Bukavu est la capitale.

Un officier de police ayant requis l'anonymat avait donné jeudi à l'AFP un bilan provisoire de "deux morts, un civil et un militaire sous-lieutenant, et sept blessés, au nombre desquels trois civils et quatre militaires". Il avait ajouté que 35 évadés avaient été rattrapées.

Vendredi matin, "54 personnes au total" avaient été "récupérées mais 51 seulement sont déjà dans la prison parce que trois d'entre elles sont sérieusement blessées et sont à l'hôpital pour des soins", a souligné Mme Balegamire.

Dans les rangs des évadés, on compte "notamment ceux accusés de vouloir attenter à la vie du célèbre Docteur Denis Mukwege" ainsi qu'à celle d'"opérateurs économiques", selon l'officier de police. "L'un de ces bandits figure d'ailleurs parmi les victimes" de l'évasion, a-t-il ajouté, sans plus de précision.

Le Dr Mukwege, dont le nom a été plusieurs fois avancé pour le Prix Nobel de la paix, a fondé l'hôpital et la fondation de Panzi pour soigner les femmes violées dans l'Est de la RDC. Le 25 octobre 2012, il avait échappé à une tentative d'assasinat dans laquelle un de ses domestiques avait été tué.

"C'est une situation malheureuse et inquiétante", a déclaré à l'AFP sans plus de commentaire un employé de l'administration de l'hôpital du Dr Mukwege, lui-même actuellement hors du pays.

Jeudi à l'aube, des voisins de la prison centrale de Bukavu, qui comptait environ 1.500 détenus, ont entendu des tirs. Les 301 détenus se sont évadés après avoir neutralisé les surveillants et "récupéré les armes", selon l'officier de police.

Une enquête est en cours mais la ministre a expliqué que l'évasion serait liée à "la suspension de l'ancien chef de la prison (...) accusé notamment de monnayage des visites aux détenus, facilitation des tortures des certains détenus par des militaires et détournement des fonds alloués à la prison".

D'après elle, les fonds ont été détournés avec la complicité d'agents de la division provinciale de la justice.

"Plusieurs réunions secrètes ont été tenues (...) pour venger le chef de prison suspendu et montrer que la nouvelle chef, pourtant expérimentée car ayant déjà gérer la prison d'Uvira (Sud-Kivu), est incompétente. Ces gens (...) ont coopéré avec certains détenus pour organiser cette évasion", a-t-elle estimé.

Vendredi matin, le dispositif composé de militaires et de policiers déployé autour de la prison centrale après l'évasion restait en place, a constaté un journaliste de l'AFP. Dans les rues, la fuite des prisonniers alimentait les conversations.

Les évasions, parfois massives, sont fréquentes en RDC, où les prisons sont particulièrement vétustes et surpeuplés, datant de l'époque coloniale belge. Les prisonniers vivent dans des conditions d'hygiène désastreuses, exposés à de nombreuses maladies, à la déshydratation et à la malnutrition.

Des défenseurs des droits de l'homme affirment qu'on peut y mourir de faim, de manque de soins ou de torture.

hab/jlb/hba

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