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Mort de l'émir de Kano, un des principaux dignitaires musulmans du Nigeria

06/06/2014 09:48 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

L'un des principaux dignitaires musulmans du Nigeria, l'émir de Kano (nord), est mort vendredi à 83 ans, posant la question de la succession de cette personnalité clé dans une région ravagée par les violences du groupe islamiste Boko Haram.

Emir depuis 1963, Ado Abdullahi Bayero a succombé à un cancer, a annoncé le palais de l'émir.

Il était, avec le sultan de Sokoto et le Shehu de Borno, l'un des chefs religieux traditionnels les plus influents du nord du Nigeria, majoritairement musulman.

Des milliers de personnes ont envahi les rues de Kano, la deuxième ville du pays, pour lui rendre un dernier hommage. "Nous avons perdu un père et un leader", a déclaré l'une d'entre elles, Haruna Bala, un mécanicien de 37 ans, en larmes.

Après les prières, des milliers de fidèles ont accompagné le cortège funèbre jusqu'à l'endroit où l'émir reposera auprès de ses ancêtres, tandis qu'une foule était massée le long des trois kilomètres du parcours.

L'émir était resté très en retrait récemment à cause de sa maladie, au moment où le nord du Nigeria attirait l'attention du monde entier avec le rapt de plus de 200 lycéennes à Chibok (nord-est), mi-avril dans l'Etat de Borno, par le groupe islamiste armé Boko Haram.

Le président nigérian Goodluck Jonathan, qui a exprimé ses condoléances dans un communiqué, a estimé que la mort de l'émir est une "perte pour la Nation" et l'a décrit comme "un des chefs traditionnels les plus respectés", doté d'une "immense sagesse".

L'émir "sera toujours dans nos mémoires et vénéré par la population de Kano et tous les Nigérians pour son immense sagesse et compétence en tant que chef traditionnel, et pour avoir utilisé sa position afin de construire l'unité et l'harmonie dans notre pays", a déclaré M. Jonathan.

L'émir de Kano avait survécu, ainsi que le shehu de Borno, à des tentatives d'assassinat du groupe islamiste Boko Haram qui leur reproche de trahir la religion en se soumettant à l'autorité du gouvernement nigérian.

Le sultan de Sokoto, Muhammad Sa'ad Abubakar III, avait aussi été menacé.

L'émir de Gwoza, Idrissa Timta, a été tué le mois dernier par les islamistes alors qu'il se rendait par la route à l'enterrement d'un autre chef religieux. Deux autres chefs traditionnels ont également été visés mais sont sortis indemnes de cette attaque.

Certains ont critiqué l'émir de Kano et les autres dignitaires musulmans nigérians pour ne pas s'être engagés plus fermement dans la lutte contre l'insurrection islamiste, qui a fait des milliers de morts depuis 2009 et plus de 2.000 victimes depuis le début de l'année.

Une source sécuritaire avait expliqué le mois dernier à l'AFP que ces hommes très influents auraient pu jouer un rôle majeur dans la lutte contre l'insurrection et les négociations pour la libération des 219 lycéennes toujours aux mains des extrémistes.

Les responsables du palais de l'émir doivent se réunir à huis-clos pour déterminer ensemble trois noms qu'ils soumettront au gouverneur de l'Etat de Kano, lequel devra désigner le successeur de M. Bayero.

L'ex-gouverneur de la Banque centrale Lamido Sanusi, petit-fils du frère de M. Bayero, pourrait figurer parmi les prétendants au trône.

M. Sanusi avait été suspendu en février par le président Jonathan, quelques mois avant la fin de son mandat à la tête de la Banque centrale, pour des "imprudences" en matière de finances, peu après avoir dévoilé un énorme scandale de détournement de fonds publics, à hauteur de 20 milliards de dollars.

Aminu Ado Bayero, un des fils de l'émir défunt, qui a un titre royal et est très populaire dans le district de Kano qu'il dirige, est un autre successeur possible.

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