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Lettre au roi du Swaziland: Desmond Tutu dénonce un régime liberticide

06/06/2014 05:55 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

L'archevêque sud-africain Desmond Tutu a pris la tête d'une croisade menée par une quarantaine de personnalités, fondations et associations pour dénoncer le régime de plus en plus liberticide régnant au Swaziland, petit pays voisin de l'Afrique du Sud.

Dans une lettre ouverte adressée jeudi au roi Mswati III, dont l'authenticité a été confirmée vendredi par un porte-parole du prix Nobel de la paix, Desmond Tutu "a exprimé son inquiétude quant à l'état de la liberté d'expression, de l'indépendance de la justice et du respect de l'Etat de droit au royaume du Swaziland".

Il rappelle les "arrestations et détentions arbitraires" ayant visé ces derniers mois l'avocat swazi Thulani Maseko, le journaliste indépendant Bheki Makhubu et les militants pour la démocratie Maxwell Dlamini ou Mario Masuku.

En outre, trois juges sont depuis peu sous le coup d'un mandat d'arrêt "signe d'une détérioration supplémentaire de l'Etat de droit", souligne la lettre ouverte.

"Les atteintes les plus récentes à l'indépendance de la justice et à la liberté des médias, ainsi que l'absence de système démocratique et l'abus rampant des ressources de l'Etat se conjuguent pour renforcer l'assujettissement de la population swazie", ajoute la lettre.

Parmi les signataires, on trouve le Centre pour la Justice et les droits de l'homme Robert F. Kennedy (USA), la fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung au Swaziland, la grande avocate zimbabwéenne Beatrice Mtetwa ou encore l'universitaire parisienne Laurence Burgogne-larsen, professeur de droit public à La Sorbonne.

Tous exigent que le roi, 46 ans, libère "immédiatement" tous les prisonniers politiques ou de conscience détenus au Swaziland, et remplace "immédiatement" le plus haut magistrat du pays, le juge Michael Ramodibedi présenté comme le principal artisan de la crise actuelle.

"Votre Majesté (...) si aucune réponse n'y est apportée, ces récents événements risquent d'endommager durablement l'image de votre pays aux yeux des investisseurs internationaux et de vous conduire vers l'isolement économique et politique", ajoutent-ils.

Depuis des années, les appels se multiplient pour obtenir des réformes démocratiques dans ce pays d'environ un million d'habitants, qui a longtemps fait figure d'îlot relativement privilégié du temps où sévissait l'apartheid en Afrique du Sud.

Mais ces efforts, notamment un appel au boycottage culturel, butent sur de nombreux écueuils. L'opposition est divisée et la population attachée à la monarchie, pilier de l'identité nationale et perçue comme le sanctuaire des traditions africaines locales.

clr/jlb

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