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Débarquement: émotion sur les plages, diplomatie ukrainienne en coulisses

06/06/2014 01:13 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

Rencontre en catimini entre Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Petro Porochenko, discussion informelle entre le maître du Kremlin et le président Barack Obama: la crise ukrainienne s'est imposée dans les coulisses des célébrations empreintes d'émotion du 70e anniversaire du Débarquement allié en Normandie.

Les images furtives du président russe Vladimir Poutine s'entretenant avec le président ukrainien élu Petro Porochenko, suivies par l'annonce d'une brève rencontre entre Vladimir Poutine et le président américain Barack Obama - la première depuis l'annexion de la Crimée par la Russie - ont marqué un premier pas vers une désescalade.

"Un dialogue a pu s'amorcer" entre Vladimir Poutine et Petro Porochenko "sur de possibles mesures de désescalade", s'est félicité une source de la présidence française, selon laquelle François Hollande et Angela Merkel ont assisté à l'entretien.

"Les modalités d'un cessez-le-feu (entre Kiev et les séparatistes pro-russes) seront discutées dans les jours qui viennent", a ajouté cette source.

De Moscou, le Kremlin a fait état d'un appel commun à la cessation des actions armées "tant du côté des forces armées ukrainiennes que de celles des partisans de la fédéralisation de l'Ukraine".

Espérée, mais incertaine jusqu'au dernier moment, la rencontre entre MM. Poutine et Porochenko a eu lieu à la mi-journée au château de Bénouville, peu avant le déjeuner réunissant les grands du monde, venus rendre hommage aux soldats alliés qui ont débarqué le 6 juin 1944 sur les plages normandes et marqué le début de la défaite nazie en Europe.

Le président Poutine a par ailleurs eu un aparté rapide avec Barack Obama avec qui les relations sont au plus bas depuis des mois.

Barack Obama a demandé à son homologue russe "d'apaiser les tensions en Ukraine", sous peine de voir s'aggraver l'isolement international de la Russie, a indiqué un responsable américain.

Vladimir Poutine s'était longuement entretenu dans la matinée avec Angela Merkel.

- "servir la paix"-

Les efforts pour résoudre la crise en Ukraine, au bord de la guerre civile, et les "retrouvailles" entre M. Poutine et ses homologues occidentaux se sont déroulés en parallèle de commémorations empreintes d'émotion.

"C'est notre devoir que d'assurer la paix partout, et s'il y a eu ce rassemblement des chefs d'Etat et de gouvernement, c'est aussi pour servir la paix et, là où elle est menacée, pour trouver des solutions, des issues pour qu'un conflit ne dégénère pas dans une guerre", a lancé M. Hollande sur la plage de Ouistreham, lors d'une cérémonie solennelle réunissant une vingtaine de chefs d'Etat et gouvernement, dont la reine Elizabeth II.

"Le sort de l'humanité s'est joué le 6 juin 44", a déclaré le président français, rendant hommage aux soldats alliés, et soulignant la "contribution décisive" de l'Armée Rouge et des peuples "de ce qu'on appelait l'Union soviétique" à la victoire finale.

"Je veux saluer le courage des Allemands, victimes aussi du nazisme, entraînés dans une guerre qui n'était pas la leur, qui n'aurait pas dû être la leur", a-t-il ajouté.

Dans les diverses cérémonies qui ont marqué cette journée de commémoration, auxquelles ont participé 1.800 vétérans, les dirigeants américain, français et britanniques ont rendu de vibrants hommages aux soldats alliés et aux civils français tombés lors de la Bataille de Normandie.

Au cimetière américain de Colleville, le président Obama a évoqué les hommes qui ont brisé "le Mur d'Hitler" et se battaient pour changer bien "plus que le cours de la guerre, mais pour (changer) le cours de l'histoire de l'Humanité".

Dans un moment d'émotion, les vétérans, dont certains âgés de plus de 90 ans, se sont levés comme s'ils répondaient à l'appel de leur commandant en chef.

"Quand le monde vous rend cynique, arrêtez vous une seconde et pensez à ces hommes", a dit M. Obama.

- "Cette bataille fut aussi celle des civils " -

La France "n'oubliera jamais ce qu'elle doit aux Etats-Unis", a déclaré pour sa part le président Hollande présent à Colleville aux cotés de M. Obama.

M. Hollande avait tenu à souligner plus tôt dans la matinée le rôle et le martyre des civils français, dont près de 20.000 ont péri dans les bombardements et les combats contre les soldats allemands entre le 6 juin et la fin de la bataille de Normandie le 22 août 1944.

"Cette bataille fut aussi celles des civils", a insisté le chef de l'Etat français au Mémorial de Caen, consacré au souvenir de la Seconde guerre mondiale, rendant hommage "aux familles entières qui connaissent le chaos et la mitraille".

A Bayeux, où se déroulait une cérémonie en mémoire des soldats britanniques en présence de la Reine Elizabeth II, des vétérans ont été salués par une foule criant "Thank you!", "Merci!", "Bravo!".

Ses médailles cliquetant au rythme de ses pas, Ken Godfrey, 89 ans, a évoqué pour l'AFP son principal souvenir: "patauger dans la mer avec de l'eau jusqu'à la poitrine". "Mais je n'aime pas parler des combats. On a eu des sueurs froides. Je suis chanceux d'avoir survécu", a-t-il dit.

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