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Débarquement: les vétérans font souffler l'esprit du Jour J sur les cérémonies

06/06/2014 08:49 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

Ils ont dépassé 90 ans ou s'apprêtent à le faire, mais, bon pied bon oeil pour beaucoup d'entre eux, entre émotion intacte et élégance malicieuse, les anciens combattants du Jour J ont affronté le voyage, la fatigue et... le soleil normand pour un 70e anniversaire qu'ils n'auraient manqué pour rien au monde.

Soixante-dix ans après le feu allemand, c'est presque deux kilomètres de route en plein soleil qu'a fièrement affrontés à 89 ans le Britannique Ken Godfrey pour rejoindre, à pied, le cimetière de Bayeux.

Sans ralentir malgré la déclivité du chemin, ses décorations tintant sur la poitrine, il est applaudi par des centaines de curieux qui lui crient: "Merci!", "Thank You!", "Bravo!". Ken Godfrey sourit et salue, et puis il applaudit aussi en retour. Malicieux, il prend galamment la main d'une femme pour un baise-main.

Intégré dans la 49e Division de Cavalerie britannique, il n'a pas débarqué dès le 6 juin 1944 mais il est arrivé quelques jours après pour rejoindre la ligne de front. "Il n'y avait personne entre les Allemands et nous", raconte-t-il à l'AFP. "Je me revois encore, barbotant péniblement dans la mer, de l'eau jusqu'à la poitrine", ajoute l'ancien combattant, qui reste pudique: "Je n'aime pas parler des combats. Si les gens me demandent, je dis juste que c'étaient des moments terrifiants. Mais j'ai la chance d'avoir survécu".

Dans sa chaise roulante, un ancien combattant australien, Bob Cowper, a rencontré son Premier ministre Tony Abott à Bayeux. Et il était placé juste devant le mémorial, lors de la cérémonie avec la reine Elizabeth d'Angleterre au cimetière.

"C'est merveilleux pour un vieil homme de 91 ans, c'est comme si je revenais à la maison", déclare cet ancien pilote de nuit, revenu en terre normande pour la première fois de sa vie.

- Un verre de calva ? -

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, il a survolé le nord de la France à bord d'un bombardier à deux places à la recherche des appareils de l'ennemi, afin de protéger les troupes au sol. Une mission qu'il accomplira de nouveau les dix nuits suivantes.

"Nous avons abattu pas mal de bombardiers allemands. C'étaient des gros bombardiers transportant des bombes téléguidées, alors je pense que nous avons fait du bon travail", raconte-t-il. Le Jour J, "nous avons vu la mer couverte de navires, et il y avait un rugissement ininterrompu d'avions en l'air".

"De toute ma vie, Monsieur, je n'ai jamais eu peur. Je suis un petit Ecossais teigneux", martèle, un peu fanfaron, Jock Hutton, qui a ressauté "en tandem" jeudi malgré ses 89 ans, au dessus du même champ que celui qui l'avait accueilli il y a 70 ans. "J'espérais qu'il y aurait du Calvados", la fameuse eau-de-vie normande, lance-t-il après l'atterrissage.

Tandis que ses petits-enfants jouent sous ses yeux dans le sable d'Arromanches, Robert Jones, 88 ans, se souvient des corps empilés des soldats allemands. L'ancien fantassin britannique admet avoir pleuré en allant sur la tombe de l'un de ses amis, un geste qui lui a fait revivre l'un de ses pires combats.

"Je marchais dans ce bois, ça puait la mort. Cela m'a vraiment terrifié, j'ai tremblé", se souvient-il.

Plus forte que l'âge et la maladie, l'envie "d'en être" a même poussé un vétéran britannique de 89 ans à s'évader de sa maison de retraite de Hove, dans le sud-est de l'Angleterre. Ses médailles cachées sous son imperméable, il est parvenu à rallier jeudi la Normandie dans un autocar de vétérans. Ses camarades ont promis à la police de prendre soin de lui jusqu'à la fin des cérémonies et de le ramener après.

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