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Bouder Poutine sur les plages du Débarquement, un pari impossible

06/06/2014 01:02 EDT | Actualisé 06/08/2014 05:12 EDT

Il était attendu sur les plages du Débarquement comme un ami de la famille avec qui tout le monde s'est brouillé. D'abord bien seul sur la photo de groupe, ignoré par les dirigeants occidentaux, Vladimir Poutine a finalement rencontré Barack Obama, et surtout le président ukrainien Petro Porochenko.

Isolé sur la scène internationale depuis l'annexion express en mars de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie, accusé de soutenir les insurgés prorusses dans l'est de l'Ukraine et de vouloir de la sorte redessiner les frontières de l'Europe, le maître du Kremlin est arrivé en Normandie sur la pointe des pieds.

Habitué des sommets, des G8 et des commémorations depuis son arrivée au pouvoir en 2000, le président russe a sûrement connu un de ses rendez-vous diplomatiques les plus étranges.

Sa première rencontre, dans un hôtel de Deauville, avec Angela Merkel, son principal allié en Europe, a été glaciale. Une chancelière allemande à l'air renfrogné. Un Vladimir Poutine au sourire crispé. Une poignée de mains rapide avant un entretien à l'abri des caméras.

Plus tard, sur les marches du château de Bénouville, qui accueillait le déjeuner des chefs d'Etat et de gouvernement d'une vingtaine de pays ayant pris part au Débarquement, le président russe est apparu un peu à l'écart, loin du maître de cérémonie, François Hollande, des "guest stars", Barack Obama et Elizabeth II, et du protégé des Occidentaux, le président ukrainien Petro Porochenko.

Pendant plusieurs minutes, il s'est tenu droit, au premier rang, alors que ses homologues lui tournaient le dos et plaisantaient autour de la reine d'Angleterre ou du président français. Ce dernier a finalement volé au secours du maître du Kremlin, le raccompagnant lentement vers la sortie, suivi par un Barack Obama prenant soin de ne pas marcher trop vite pour éviter d'arriver à son niveau.

- Une rencontre et un aparté -

A l'image, tout était dit: pas grand monde pour venir saluer le président russe. Mais c'est en fait en coulisses que le plus important s'est joué.

Depuis plusieurs semaines, la pression s'accentuait sur Vladimir Poutine pour qu'il reconnaisse officiellement la légitimité du président Petro Porochenko, élu le 25 mai, et le rencontre.

Le milliardaire ukrainien, sorti vainqueur du scrutin trois mois après la chute de l'ex-président prorusse Viktor Ianoukovitch, s'était dit dès son élection prêt à rencontrer son homologue russe.

Finalement, l'entrevue a eu lieu juste avant de passer à table.

François Hollande, Petro Porochenko et Vladimir Poutine, avec Angela Merkel dans le rôle du chaperon, ont dialogué pendant un quart d'heure. Le Russe et l'Ukrainien "se sont serré la main et ont conversé tout à fait normalement", selon l'Elysée qui a évoqué un "échange normal et grave entre deux dirigeants".

Selon le Kremlin, les deux hommes se sont prononcés "pour la cessation au plus vite de l'effusion de sang" et le règlement de la crise "par des moyens politiques et pacifiques".

Lors du repas, le protocole a permis que les deux hommes reprennent leurs distances. Le président ukrainien se trouvait à neuf sièges de Vladimir Poutine.

Un peu plus tard, une seconde rencontre, également très attendue, s'est déroulée elle aussi à l'abri des caméras.

Engagés depuis mars dans le bras de fer le plus intense entre Russes et Occidentaux depuis la fin de la Guerre froide, Barack Obama et Vladimir Poutine ont eu une "conversation informelle", pas "une réunion bilatérale officielle", selon Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale du président américain.

En fin après-midi, les spectateurs des commémorations ont finalement pu voir Vladimir Poutine esquisser un sourire et applaudir: François Hollande venait, dans son discours, de saluer "le courage de l'Armée rouge" pendant la Seconde Guerre mondiale.

kat/alc/abk

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