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Le nombre de décès dus aux overdoses aurait explosé dans plusieurs régions au Québec

05/06/2014 01:55 EDT | Actualisé 05/08/2014 05:12 EDT
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MONTRÉAL - À la lumière de l'explosion du nombre de cas de décès liés à des surdoses à Montréal, le fédéral devrait tendre l'oreille aux provinces qui, comme le Québec, sont favorables à l'implantation de sites d'injection supervisée (SIS), croit la Direction de santé publique (DSP).

Les SIS — ces endroits où les toxicomanes peuvent s'injecter des drogues en utilisant du matériel sécuritaire, sous supervision médicale — ne sont pas une panacée, mais ils font clairement partie de la solution, juge le directeur de la DSP, Richard Massé.

L'ancien gouvernement libéral avait donné son accord au principe de l'implantation de ces ressources en 2011. Le DSP croit que sous Philippe Couillard, le même préjugé favorable persiste.

«Le gouvernement d'Ottawa, c'est une autre chose, a-t-il indiqué. On connaît l'attitude du gouvernement fédéral, mais on espère que ça va le sensibiliser à l'importance de mettre en place ces sites-là», a plaidé le docteur Massé en entrevue téléphonique, jeudi.

L'implantation des SIS nécessite une exemption à la Loi fédérale sur les drogues et autres substances. Le dossier est toujours en suspens.

La DSP de l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal se penche actuellement sur 28 cas d'intoxications sévères ayant mené à 15 décès entre depuis le début du mois de mai. Ce nombre de décès est trois fois plus élevé qu'à la normale.

«Ce qui est inquiétant, c'est que bon an, mal an, on a à peu près 60 cas de surdoses à Montréal, soit environ cinq par mois normalement. Et là, c'est beaucoup plus élevé, alors on se doute bien que ces cas-là sont des gens qui ont consommé des drogues qui ont été coupées avec d'autres produits», a expliqué Geneviève Bettez, porte-parole de l'agence.

Les décès et surdoses seraient notamment liés la pureté plus élevée de l'héroïne qui circule actuellement sur le marché et au fait que plusieurs drogues sont coupées avec du Fentanyl, un opioïde jusqu'à 100 fois plus puissant que l'héroïne.

Le médicament est notamment utilisé sous forme de timbre transdermique pour traiter des patients atteints de cancer et dans le cas de certaines anesthésies. Mais ce que l'on retrouve sur la rue est autrement plus puissant que cela.

«Ce dont on parle actuellement vient de laboratoires clandestins qui produisent des substances qui sont comme le Fentanyl, mais pas à l'état pur; elles peuvent contenir autre chose, et c'est ce qui complexifie l'enquête. On pense qu'il y a probablement d'autres produits qui restent à être identifiés», a exposé Richard Massé.

La DSP recommande aux personnes qui consomment des drogues d'être vigilantes à des changements dans l'apparence de la drogue, de ne pas consommer seules, de réduire leur dose, de s'injecter plus lentement et de contacter le 911 dès l'apparition de tout signe ou symptôme inhabituel.

Et comme le week-end du Grand Prix du Canada — une période faste en célébrations de toutes sortes — est à nos portes, le docteur Massé lance un appel à la prudence.

«Il y a un risque supplémentaire pour les personnes qui achèteraient des drogues de rue», prévient-il.

Si l'épicentre du phénomène se trouve dans la métropole, des cas de surdoses seraient également survenus dans les régions de l'Outaouais, de Laval et des Laurentides, selon les informations du DSP de Montréal.

L'épidémie ne semble pas s'être propagée de façon aussi marquante dans le reste du pays, mais les autorités policières sont aux aguets.

«Pas plus tard qu'hier (mercredi), nos collègues de Vancouver nous ont dit qu'ils avaient noté une augmentation du nombre de surdoses tout récemment. Donc pour eux, il y a quelque chose qui s'est passé dans les derniers jours», a affirmé Richard Massé.

Par ailleurs, toujours selon le DSP, les policiers de Toronto ont intercepté de l'héroïne qui était beaucoup plus pure et concentrée qu'à l'habitude — environ 40 pour cent plutôt que 8 ou 12 pour cent.

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