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Bachar al-Assad remporte sans surprise la présidentielle syrienne

04/06/2014 04:01 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

Le président syrien Bachar al-Assad a largement remporté l'élection présidentielle avec plus de 88,7% des suffrages lors d'un scrutin décrié par les Occidentaux, ce qui devrait l'encourager à intensifier son combat contre la rébellion.

Quelques heures avant l'annonce des résultats, le secrétaire d'Etat américain John Kerry, en visite chez le voisin libanais, avait qualifié le scrutin de mardi de "non élection", et appelé les alliés du régime à oeuvrer pour mettre fin à la guerre.

Dans un pays ravagé depuis trois ans par la guerre, 11,6 millions de personnes ont participé au scrutin, sur les 15,8 millions appelés à voter, selon le président du Parlement.

La révolte pacifique qui avait éclaté en mars 2011 s'est transformée en insurrection armée après avoir été brutalement réprimée. Elle a depuis basculé en une guerre totale qui a ruiné le pays et jeté hors de chez elles neuf millions de personnes.

Selon les résultats définitifs lus mercredi par le président du Parlement Mohammad al-Laham, Bachar al-Assad a obtenu 88,7% des suffrages exprimés. Ses deux concurrents, qui faisaient figure de faire valoir, ont obtenu respectivement 4,3% pour Hassan al-Nouri et 3,2% pour Maher al-Hajjar.

L'élection s'est déroulée dans les zones contrôlées par le régime, soit 40% du territoire où vivent 60% de la population.

"Je félicite la Syrie pour le choix de son chef qui va porter son peuple sur la rive de la sécurité et de la stabilité", a-t-il dit.

L'annonce de la réélection attendue de M. Assad, a été accompagnée par des tirs de joie qui ont fait trois morts à Damas, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Une source de sécurité a ajouté que des dizaines d'autres personnes avaient été blessées dans plusieurs quartiers de la capitale en raison des tirs intenses d'arme automatique pour célébrer la réélection pour sept ans de Bachar al-Assad.

Dans un communiqué diffusé par la télévision publique le président avait demandé en vain de s'abstenir de ce type de manifestation. "Notre expression de joie et d'enthousiasme découlant de notre sentiment national ne justifie pas les tirs en l'air qui menacent la vie des citoyens", avait-il dit.

La télévision officielle Al-Ikhbariya a diffusé en direct des scènes de liesse de partisans de M. Assad, tandis qu'au même moment les militants anti-régime et des opposants en exil répétaient sur les réseaux sociaux le leitmotiv du Printemps arabe: le peuple veut la chute du régime.

- 'Bureaux de vote pris d'assaut' -

Malgré la guerre qui a fait plus de 162.000 morts, déraciné quelque neuf millions de personnes et laissé le pays en ruines, une partie de la population soutient M. Assad.

"Des millions de Syriens sont sortis voter bravant le terrorisme et les voitures piégées pour affirmer la légalité d'un nouveau mandat de Bachar al-Assad qui durera jusqu'à 2021", écrivait ainsi le quotidien al-Watan.

Mardi, les journalistes de l'AFP ont constaté une affluence importante, et le vote a été prolongé de cinq heures "en raison de l'afflux des électeurs" selon les autorités.

Pourtant "plus de 130 obus de mortier ont été tirés sur Damas et ses environs", tuant trois personnes, et 19 personnes ont été tuées à Alep, a indiqué l'OSDH.

L'Occident qui soutient l'opposition syrienne modérée a dénoncé la tenue du scrutin dans un pays à feu et à sang, et l'OSDH a affirmé que le régime avait "forcé" des citoyens à voter sous peine d'arrestation.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a qualifié l'élection d'"illégitime" et estimé qu'elle minait "les efforts politiques pour trouver une solution à cet horrible conflit". Elle a également appelé le régime syrien à engager de "véritables négociations politiques".

Dans une déclaration à CNN, l'ancien ambassadeur américain à Damas, Robert Ford, a estimé que les Etats-Unis n'avaient "pas été capables de gérer les causes du conflit, en terme de combats sur le terrain et de l'équilibre des forces".

"Maintenant, il y a une menace extrémiste grandissante", a-t-il ajouté, allusion à la présence d'extrémistes dans les zones rebelles. Washington invoque cette présence pour ne pas fournir d'armes à l'opposition modérée.

"Les rebelles modérés ont besoin de moyens pour modifier l'équilibre des forces sur le terrain, au moins dans certaines régions", a encore dit M. Ford, affirmant que les rebelles combattaient maintenant à la fois le régime et les jihadistes.

Pour le chef de l'opposition en exil, Ahmad al-Jarba, "les dictateurs ne sont pas élus, ils gardent le pouvoir par la force et la peur, ce sont les deux raisons qui poussent les Syriens à participer à cette mascarade".

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