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Ukraine : les troubles perturbent un gros projet de gaz de schiste dans l'Est (Premier ministre)

03/06/2014 01:38 EDT | Actualisé 03/08/2014 05:12 EDT

L'insurrection dans l'est de l'Ukraine, notamment dans le bastion séparatiste de Slaviansk, retarde l'un des gros projets de production de gaz de schiste lancé par le pays pour réduire sa dépendance à l'égard de la Russie, a déclaré mardi le Premier ministre, Arseni Iatseniouk.

La ville, en proie à d'intenses combats entre armée et séparatistes, se trouve sur le gisement de Iouzivka, pour lequel le groupe anglo-néerlandais Shell a signé début 2013 un gros contrat de production avec l'Etat.

"Il est quelque peu difficile pour les investisseurs étrangers de produire du gaz sur le territoire de Slaviansk", a reconnu le Premier ministre devant le Parlement. "Il y a des problèmes temporaires, et c'est précisément là que se trouvent les principales réserves de gaz de schiste", a-t-il ajouté.

Interrogé par l'AFP, Shell, propriétaire de 50% du projet et opérateur, a confirmé que les travaux d'exploration en cours étaient actuellement suspendus, tout en assurant qu'il s'agissait d'analyser les données recueillies lors de deux forages tests.

Le projet représente un important enjeu financier puisque l'Etat ukrainien avait estimé début 2013 les investissements potentiels à plus de dix milliards de dollars et la production potentielle entre 10 et 20 milliards de mètres cubes par an.

Cela représente au minimum le tiers de ce que l'Ukraine importe chaque année de la Russie, son principal fournisseur avec qui elle est engagée dans un nouveau conflit gazier, qui risque de se traduire par une coupure de gaz dès mardi prochain.

Très symbolique, le projet représente aussi l'un des multiples projets lancés ces dernières années par les autorités ukrainiennes pour réduire la dépendance du pays au gaz russe, qui donne lieu régulièrement à des "guerres du gaz" .

Moscou avait d'ailleurs publiquement dénoncé en janvier le projet en début d'année, s'inquiétant des risques de pollution des eaux consommées sur son territoire, le gisement se trouvant près de sa frontière.

Le journal Dzerkalo Tyjnia s'étonnait récemment, dans une question posée à l'ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine Geoffrey Pyatt, de la coïncidence "étrange" entre le rôle central de Slaviansk dans la rébellion et sa situation au coeur du gisement gazier.

Dans sa réponse, M. Pyatt a écarté tout lien de cause à effet : "Il me semble que ce sont ses problèmes économiques (...) qui expliquent que Slaviansk se trouve au centre de cette instabilité".

Au total, le gisement de Iouzivska couvre près de 8.000 km2 dans les régions de Donetsk et de Kharkiv. Slaviansk, près de la frontière de ces deux régions, fait partie des villes concernées par les travaux.

La ressource se trouve à une profondeur de deux à trois kilomètres, soit plus que le gaz de schiste habituellement, selon Shell. Il s'agit bien néanmoins d'une ressource "non traditionnelle", puisqu'elle nécessite l'emploi de techniques de forage à l'horizontale pour l'extraire de la roche.

L'Ukraine est considérée comme l'un des pays les plus prometteurs en Europe pour l'exploitation du gaz de schiste, avec la Pologne et la Roumanie.

Malgré des manifestations contre les risques écologiques que représente cette ressource, le pays a signé en novembre dernier avec le géant américain Chevron un contrat pour lancer un autre grand projet, cette fois dans l'Ouest, pour exploiter le gisement d'Oleski. Là encore, l'investissement potentiel est évalué à dix milliards de dollars et la production potentielle est considérable : 10 milliards de mètres cubes par an.

Les analystes accueillent cependant ces projets avec une grande prudence, soulignant l'incertitude qui entoure le niveau réel des réserves en Europe de l'Est, où plusieurs projets ont été abandonnés après l'échec de travaux d'exploration.

La nature des sols y est en effet moins favorable à la production qu'aux Etats-Unis, où les prix ont chuté grâce à l'exploitation grandissante de cette ressource.

Shell négociait jusqu'à récemment sa participation à un autre projet clé en Ukraine, dans le nord-ouest de la mer Noire, mais le groupe a renoncé à la suite du rattachement de la Crimée à la Russie.

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