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Nigeria: la campagne de soutien aux lycéennes conteste l'interdiction de manifester à Abuja

03/06/2014 06:46 EDT | Actualisé 03/08/2014 05:12 EDT

Les organisateurs des manifestations de soutien aux quelque 200 lycéennes enlevées par les islamistes de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria ont déposé mardi une plainte pour contester la décision de la police d'interdire ces rassemblements à Abuja.

La police a annoncé lundi l'interdiction des manifestations organisées depuis plusieurs semaines dans la capitale fédérale depuis le rapt des adolescentes le 14 avril dans leur lycée de la localité de Chibok, "pour des raisons de sécurité".

Pour les organisatrices de la campagne "Bring back our girls" (Ramenez nos filles), cette interdiction est illégale. Elles veulent la faire annuler par la justice.

La police a précisé mardi qu'elle déconseillait toute manifestation dans et autour d'Abuja "jusqu'à ce que tous les risques soient neutralisés" quant à de possibles "infiltrations" des marches, mais qu'elle n'avait pas l'intention d'interdire les rassemblements pacifiques où que ce soit au Nigeria.

Au total, 276 filles avaient été enlevées dans leur lycée lors de ce rapt sans précédent revendiqué par les islamistes de Boko Haram et qui a provoqué l'indignation au Nigeria et à travers le monde. Une opération impliquant plusieurs pays étrangers est en cours pour tenter de libérer les 219 adolescentes toujours captives.

"Nous réclamons une déclaration qui stipule que la décision d'interdire les manifestations et rassemblements en lien avec les filles de Chibok est illégale, anticonstitutionnelle, nulle et non avenue, puisqu'elle viole les droits fondamentaux inscrits dans notre Constitution", a déclaré Mairian Uwais, une des organisatrices du mouvement de soutien aux lycéennes, à la presse après l'audience.

La plainte comporte aussi une injonction à l'encontre du chef de la police pour le district d'Abuja, Joseph Mbu, et de ses officiers, de n'empêcher aucune marche à l'avenir, et de verser 200 millions de nairas (900.000 euros) de dommages et intérêts.

Au lieu de manifester mardi comme cela était prévu au départ, les protestataires ont accompagné les avocats au tribunal puis ils ont marché jusqu'à la comission nationale des droits de l'Homme afin d'y déposer une autre plainte.

Les organisatrices Oby Ezekwesili et Hadiza Bala Usman estiment que les rassemblements qui ont lieu depuis 34 jours à Abuja sont pacifiques et disent ne pas comprendre cette interdiction, la police ayant déclaré, par le passé, que ces manifestations étaient autorisées par la loi.

- Motivations politiques -

Le sort des jeunes filles kidnappées a suscité une immense mobilisation internationale, notamment sur les réseaux sociaux sous le hashtag #bringbackourgirls, entraînant aussi la tenue de manifestations dans les grandes capitales occidentales.

Le groupe islamiste a indiqué être prêt à libérer les lycéennes en échange de certains de ses membres actuellement en prison.

L'armée nigériane est très critiquée pour n'avoir pas su mettre fin à la spirale de violences islamistes qui a fait des milliers de morts depuis 2009. L'inaction du gouvernement nigérian dans les premières semaines qui ont suivi le rapt de Chibok a beaucoup choqué l'opinion publique.

Le 28 mai, pour la première fois, des débordements ont eu lieu à Abuja lors d'un rassemblement de soutien aux lycéennes, quand des jeunes ont attaqué les manifestantes à l'aide de bouteilles, de pierres et de chaises.

Certains perturbateurs portaient des messages de soutien au président mais le ministre de l'Information Labaran Maku a ensuite affirmé que ces éléments violents émanaient du principal parti d'opposition, l'APC (le Congrès progressiste).

Mme Ezekesili a noté lundi que le comissaire Joseph Mbu a déjà été accusé d'avoir agi en faveur de la présidence quand il dirigeait la police dans l'Etat de Rivers, dans le sud du Nigeria.

Le gouverneur de l'Etat de Rivers, un ancien allié du président Jonathan passé dans l'opposition, a accusé il y a quelques mois le commissaire Mbu d'avoir ordonné à la police de tirer à balles réelles et d'utiliser des gaz lacrymogènes pour disperser un rassemblement de l'APC.

Dans le pays, la longue série d'attaques perpétrées par Boko Haram ne connaît pas de trêve: un attentat à la bombe a fait au moins 40 morts dimanche soir à l'issue d'un match de football dans le Nord-Est, nouveau défi au pouvoir qui a promis une "guerre totale" contre l'insurrection islamiste.

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