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Hollande lance une réforme des régions pour remodeler la France

03/06/2014 06:59 EDT | Actualisé 03/08/2014 05:12 EDT

Le président François Hollande a lancé mardi dans une certaine précipitation une réforme territoriale de la France, moins ambitieuse que prévue, prévoyant une réduction du nombre des régions, avec l'objectif de faire des économies.

"Notre organisation territoriale a vieilli et les strates se sont accumulées (...) Le temps est donc venu de simplifier et clarifier", a justifié François Hollande, choisissant de faire cette annonce par une tribune publiée mardi dans des journaux régionaux.

Mesure phare de cette réforme, les régions, qui ont vu leur autonomie progressivement renforcée depuis leur institution en 1972 passeraient de 22 actuellement à 14 et gagneraient de nouveaux pouvoirs.

Mais les grandes lignes de la réforme, véritable serpent de mer de la vie politique depuis des années dans un pays encore très centralisé, sont loin de faire consensus y compris à gauche, alors que le président socialiste connaît déjà une impopularité abyssale.

François Hollande a d'ailleurs revu ses ambitions à la baisse pour donner des gages aux élus de sa majorité et il a lui-même reconnu qu'elle prendrait plus de temps qu'il ne le souhaitait.

Ainsi la disparition annoncée des conseils généraux, les instances élues des 101 départements qui maillent le territoire presque sans changement depuis la révolution de 1789, se fera sur plusieurs années avec leur disparition effective en 2020 - à condition d'obtenir une révision constitutionnelle nécessitant une majorité des 3/5es des parlementaires réunis en congrès et après l'élection présidentielle de 2017.

Jusqu'au bout, le nombre des nouvelles super-régions est resté en blanc, trahissant les hésitations de l'exécutif à trancher dans le vif, dans la crainte de s'aliéner le soutien de nombreux élus.

C'est une réforme "difficile", c'est "compliqué", a reconnu le chef du gouvernement Manuel Valls.

"L'essentiel est de réduire le nombre de régions pour rendre nos régions plus fortes, plus compétitives", tout en maintenant "la cohésion de la Nation, de la République", a argumenté Manuel Valls.

- Une dizaine de milliards d'euros d'économie -

François Hollande a souligné que les régions deviendraient "la seule collectivité compétente pour soutenir les entreprises et porter les politiques de formation et d'emploi, pour intervenir en matière de transports, des trains régionaux aux autocars en passant par les routes, les aéroports et les ports. Elles géreront les lycées et les collèges. Elles auront en charge l'aménagement et les grandes infrastructures".

La carte proposée comporte des surprises et fait déjà grincer des dents. La Bretagne (ouest) resterait une région à elle seule mais n'hériterait pas du département de Loire-Atlantique, avec lequel elle partage pourtant une histoire commune. La Picardie, sociologiquement proche du Nord se marierait à la Champagne-Ardenne, l'Alsace à la Lorraine. Une immense région regrouperait dans le Centre-Est Rhône-Alpes et Auvergne.

François Hollande a dit vouloir "aller vite" sur ce sujet, qui nécessite un vote du Parlement.

Les projets de loi seront examinés en Conseil des ministres le 18 juin, avant leur discussion au Parlement "en juillet". Sur le découpage des régions, "il peut y avoir des évolutions", a ajouté M. Valls.

La réforme dépend d'abord, soulignent les présidents de région, des moyens dont ils disposeront à l'avenir; les régions françaises sont aujourd'hui des nains politiques, avec un budget annuel moyen par région de 395 euros par habitant, près de dix fois moins que les Länder (Etats régionaux) allemands.

François Hollande a certes promis "des moyens financiers propres et dynamiques pour les 14 nouvelles entités, devant résulter pour six d'entre elles de fusions. Mais il n'a donné ni précision ni calendrier.

Quant aux économies escomptées, M. Hollande ne les a pas évoquées. "Une dizaine de milliards d'euros" d'ici cinq à dix ans, a évalué mardi le secrétaire d'Etat à la Réforme territoriale, André Vallini.

A droite, l'ancien Premier ministre François Fillon a dénoncé un redécoupage "totalement désordonné", qui "ne répond en rien aux enjeux territoriaux et économiques" et reporte "le sort des départements aux calendes grecques".

Le Front National (extrême droite), fort de sa victoire aux élections européennes (25%), a quant à lui exigé l'organisation d'un référendum.

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