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Les Polonais, des "lions" de la Libération de l'Europe longtemps passés sous silence

02/06/2014 03:03 EDT | Actualisé 01/08/2014 05:12 EDT

Les soldats polonais ont joué un rôle clé dans la bataille de Normandie et la libération de l'Europe, mais leurs exploits ont été passés sous silence jusqu'à la chute du mur de Berlin.

"On ne parle jamais des Polonais, mais c'est grâce à eux que les Alliés sont montés si vite à Paris. Ils se sont battus comme des lions. Et il n'y avait rien pour eux non plus après la guerre", résume Léon Gautier, un des 117 Français à avoir débarqué le 6 juin 1944 en Normandie, au sein du commando Kieffer.

Les historiens confirment. Alors que deux mois et demi après le Débarquement, les Allemands se retrouvent encerclés par les Alliés dans la poche de Falaise, au sud de Caen, "les Polonais sont aux avant-postes"), précise Stéphane Jonot responsable du Mémorial de Montormel à Coudehard (nord-ouest).

Bronislaw Komorowski sera le premier président polonais à le visiter le 6 juin avant de rejoindre le président français François Hollande pour une cérémonie de commémoration binationale au cimetière polonais d'Urville-Langannerie.

Or, c'est cet épisode ultime et "décisif" de la bataille de Normandie qui va pousser les Allemands, pour la première fois, à battre en retraite, rappelle Christophe Prime, historien au Mémorial de Caen.

Reste qu'il n'est pas illogique que se soient retrouvées en première ligne des troupes polonaises: débarquées fin juillet début août en Normandie, elles sont moins éprouvées que celles qui se battaient depuis des semaines, précise-t-il.

A l'issue des combats du 7 au 22 août, la Première division blindée polonaise compte 2.097 hommes hors de combat (446 tués, 1.501 blessés et 150 disparus), selon les rapports de son commandant, le général Stanislaw Maczek.

- Des étincelles à Monte-Cassino -

Constituée de volontaires qui ont pour la plupart fui la Pologne après la double invasion allemande et soviétique de septembre 1939 afin de rejoindre le gouvernement provisoire constitué à Londres, la Première Division blindée compte 16.000 hommes, dont un peu plus de 5.000 combattants.

A titre de comparaison, en août 1944, 2 millions d'hommes se battaient en Normandie, dont 500.000 Allemands et 1,5 million d'Alliés. Du 6 juin à septembre 1944, les Alliés ont perdu (tués, blessés, prisonniers) 200.000 hommes et les Allemands entre 300.000 et 450.000, selon Jean Quellien, historien à l'université de Caen.

D'autres Polonais furent aussi aux avant-postes durant la Seconde guerre mondiale, notamment à Monte-Cassino (Italie) en mai 1944, ouvrant la route vers Rome après des mois de combat.

Au total, à la fin de la guerre, plus de 300.000 Polonais se trouvaient en exil à Londres, selon l'ambassade.

Pourtant, le gouvernement travailliste leur interdit de participer au défilé de la victoire à Londres en 1946. La guerre froide n'avait pas encore commencé et les Soviétiques, qui ne reconnaissaient que le gouvernement communiste de Varsovie, étaient encore ménagés par leurs "alliés".

Puis certains furent privés de leur nationalité par Varsovie, dont Stanislaw Maczek, qui ne fut réhabilité en Pologne qu'en 1989, après avoir travaillé comme serveur ou vendeur de journaux en Ecosse, avant de mourir en 1994 à l'âge de 102 ans, selon l'ambassade de Pologne à Paris.

Ceux qui rentraient en Pologne étaient torturés et emprisonnés. "Jusqu'en 1957, ils risquaient la peine de mort", précise-t-on à l'ambassade.

"Malgré la fin de la reconnaissance officielle accordée au gouvernement polonais en exil, les Britanniques se retournèrent vers ce dernier pour exiger le paiement des sommes dues au titre de l'utilisation du matériel militaire allié", note le Mémorial de Montormel, dont les informations ont été confirmées à l'AFP par l'ambassade de Pologne.

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