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Le roi d'Espagne Juan Carlos abdique après 38 ans de règne

02/06/2014 08:46 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Le roi d'Espagne Juan Carlos, affaibli par des ennuis de santé et à la popularité ternie par les scandales, a annoncé lundi à la surprise générale qu'il abdiquait au profit de son fils, le prince Felipe, lui laissant la lourde tâche d'impulser le "renouveau" d'une monarchie discréditée.

Le prince des Asturies, âgé de 46 ans, doit devenir le prochain roi d'Espagne sous le nom de Felipe VI. Aujourd'hui épargné par la chute de popularité qui touche son père, il devra néanmoins convaincre le pays de sa légitimité, alors que l'Espagne, meurtrie par la crise économique et le chômage, doute de ses institutions.

Juan Carlos, monté sur le trône à la mort du dictateur Francisco Franco en novembre 1975, a bâti sa popularité en menant la transition de l'Espagne vers la démocratie, avant de connaître une fin de règne éclaboussée par les scandales et marquée par les problèmes de santé.

Le pays n'a pas oublié son image, début janvier, lors d'une cérémonie militaire, lorsque, fatigué, appuyé sur des béquilles, il cherchait ses mots en prononçant un discours. La presse s'était alors perdue en conjectures sur une abdication imminente.

Même si le roi, âgé de 76 ans, avait continué à honorer un agenda chargé, il a finalement révélé lundi que c'était à cette époque, après son anniversaire le 5 janvier, qu'il avait "estimé que le moment était venu de préparer la relève".

Le visage grave, Juan Carlos s'est adressé lui-même au pays lundi. Dans un discours solennel retransmis à la télévision, il a confirmé son abdication, annoncée le matin par le chef du gouvernement Mariano Rajoy, exprimant toute sa "gratitude" au peuple espagnol.

Evoquant la soif "en nous d'un élan de renouveau, de dépassement, de correction des erreurs", le roi a déclaré que son fils, avait "la maturité, la préparation et le sens de la responsabilité nécessaires pour prendre avec toutes les garanties la tête de l'Etat et ouvrir une nouvelle étape d'espoir alliant l'expérience acquise et l'impulsion d'une nouvelle génération".

"Le roi m'est apparu convaincu que ce moment était le meilleur pour procéder en toute normalité au changement à la tête de l'Etat et à la transmission de la couronne au prince des Asturies", avait annoncé quelques heures plus tôt Mariano Rajoy, dans une déclaration institutionnelle exceptionnelle, après avoir reçu la lettre du roi l'informant de sa décision.

Le roi Juan Carlos "fut le plus grand promoteur de notre démocratie". Il est le "meilleur symbole de notre vie ensemble dans la paix et la liberté", a ajouté Mariano Rajoy.

Mariano Rajoy a convoqué "un Conseil des ministres extraordinaire" mardi. "J'espère que dans un délai très court, la Chambre des députés pourra approuver la nomination en tant que roi" du prince Felipe, a-t-il ajouté.

- 'Un moment difficile' -

Le prince, aux côtés de la future reine, la princesse Letizia, occupait depuis plusieurs années une place grandissante, représentant son père dans les cérémonies officielles, et a échappé jusqu'à présent à la chute de popularité qui frappe la monarchie.

Mais le chemin qui s'ouvre au futur souverain s'annonce difficile.

"C'est un moment très difficile pour monter sur le trône, parce qu'il y a beaucoup de choses en marche. Nous avons un pays encore en proie à la crise économique, le dossier Urdangarin (l'affaire de corruption entourant le gendre du roi, NDLR) n'est pas encore refermé", soulignait l'écrivain José Apezarena.

Les Espagnols, stupéfaits, se préparaient pourtant depuis longtemps à une abdication. "Évidemment, c'est quelque chose qui devait arriver. Le roi est âgé", commentait Maria José Gonzalez, venue de La Corogne, dans le nord-ouest de l'Espagne, pour visiter Madrid avec une amie. Pour elle, "c'est mieux pour la stabilité de la monarchie. Nous pensons que le prince Felipe remplira très bien son rôle. Il est très bien préparé".

- Symbole de démocratie -

Couronné le 22 novembre 1975, à 37 ans, deux jours après la mort de Franco, Juan Carlos aura accompagné le destin d'une Espagne sortie de la dictature pour rejoindre le cercle des grandes démocraties européennes.

Le 23 février 1981, le jeune roi en uniforme militaire ordonnait, dans un message télévisé resté gravé dans les mémoires, aux officiers putschistes de la Garde civile qui occupaient alors le Parlement de rentrer dans leurs casernes.

En déjouant cette tentative de coup d'Etat, celui que le dictateur Francisco Franco avait, dès 1969, désigné comme son dauphin, s'imposait ce jour-là, avec éclat, comme le héros de la transition démocratique.

Grande figure de la démocratie, le roi avait pourtant vu sa popularité sombrer sous les scandales qui ont entaché ses dernières années de règne. D'abord le scandale judiciaire qui frappe sa fille cadette, Cristina, 48 ans, mise en examen pour fraude fiscale et blanchiment d'argent, et son époux, Iñaki Urdangarin, soupçonné de corruption.

La luxueuse partie de chasse à l'éléphant du printemps 2012 au Botswana, qui serait restée secrète si le roi n'avait pas été rapatrié d'urgence après une chute, avait choqué les Espagnols plongés dans la crise.

Le tout s'ajoutant aux multiples ennuis de santé de Juan Carlos, qui a subi plusieurs opérations ces dernières années.

Affichant une meilleure santé ces dernières semaines, il avait repris ses activités officielles. Décrit comme "un ambassadeur de luxe pour l'Espagne" grâce à de bonnes relations avec de nombreux dirigeants internationaux, le roi s'était rendu à la mi-mai en Arabie saoudite pour y rencontrer des responsables saoudiens dans le but de favoriser les relations commerciales entre les deux pays.

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