NOUVELLES

Le Brésil de 1950 et l'actuel, si lointains, si proches

02/06/2014 06:12 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Devenu la 7e économie mondiale, le Brésil de 2014 semble à des années-lumière de celui de 1950, le "géant" endormi qui organisait sa première Coupe du monde. Mais des traits culturels les rapprochent aussi, de manière parfois inattendue.

- Révolution politico-démographique

Parmi les 54 millions d'habitants de 1950, à peine la moitié était alphabétisée et un tiers seulement vivait en ville. Le Brésil d'aujourd'hui compte environ 200 millions de personnes aux trois quarts urbanisées dans des mégalopoles aux embouteillages infernaux. Quarante millions de miséreux ont rejoint la petite classe moyenne pendant la première décennie du siècle.

en 1950, Rio était encore la capitale, avant d'être détrônée en 1960 par Brasilia, symbole de modernité. Les favelas existaient déjà, mais sans commune mesure avec les immenses étendues actuelles, surpeuplées, qui parsèment ou entourent les grandes métropoles. Très peu d'insécurité ou de trafic de drogue à l'époque.

Politiquement, au XXIe siècle naissant, le pays est marqué à gauche avec les présidences de Lula et Dilma Rousseff, du Parti des travailleurs (PT); le milieu du siècle précédent était dominé par les militaires et Getulio Vargas, président élu puis dictateur national-populiste admirateur de Mussolini.

- 'Nous étions fiers' -

- Fierté naissante

Un sentiment d'orgueil national fait le lien entre les Coupes du monde 1950 et 2014, estime auprès de l'AFP l'écrivain Joao Maximo, présent lors du fameux "Maracanazo": "Nous étions fiers de voir les stades, nous pensions que nous devions être un pays important".

Sur le terrain, l'Uruguay avait soufflé le titre de champion du monde à la Seleçao dans son propre Maracana, infligeant une cicatrice psychologique au Brésil. Une défaite vue comme "une métaphore des défauts de la société brésilienne", pour l'anthropologue Roberto de Matta.

Beaucoup de ces "défauts" ont réémergé ces derniers temps, comme par exemple la livraison tardive des stades, battant en brèche la fierté brésilienne. Cinq des douze enceintes pour le Mondial-2014 sont encore inachevées, à 10 jours du match d'ouverture. Or, le Maracana n'avait été prêt qu'à dix jours du tournoi en 1950, et ne fut vraiment achevé qu'en 1965 !

- Sport ou social ?

"A l'époque, comme aujourd'hui, l'opinion publique était divisée entre les pro-Mondial et les "anti", réclamant plus d'investissements "dans la santé et l'éducation", souligne pour l'AFP Bernardo Borges Buarque de Hollanda, chercheur à la Fondation Getulio Vargas.

Les Coupes du monde "servent à prouver que le Brésil peut organiser un événement planétaire, poursuit le chercheur. Mais depuis la gigantesque fronde sociale de juin 2013 sur fond de contestation de la facture du Mondial, "le scepticisme monte".

En 1950, le Brésil n'était pas encore le pays du "futebol" qu'il est devenu depuis avec cinq titres mondiaux. Il n'avait même pas de championnat national, mais seulement des compétitions régionales, surtout le "Carioca" à Rio et le "Paulista" à Sao Paulo, organisés depuis les années 1920. Dans ce pays-continent grand comme 14 fois la France, le championnat national naîtra avec l'aviation commerciale...

- De la radio à internet -

- Un bond en avant technologique

Le Brésil d'aujourd'hui compte plus de 100 millions d'internautes. Et 76 millions de Brésiliens ont un compte Facebook, ce qui les situe au 3e rang mondial derrière les Américains et les Indiens.

En 1950, c'est l'oreille collée à la radio que la plupart des Brésiliens suivirent en direct la déroute de "Maracanazo". "Nous nous rassemblions autour du poste de radio. C'était notre seul lien avec le monde extérieur, y compris le reste du pays", se souvient la journaliste à la retraite Sonia Benevides, alors écolière dans le nord du Brésil.

La télévision existait déjà aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Au Brésil, elle appartenait encore au futur. Un futur immédiat. La première chaîne brésilienne, TV Tupi fut inaugurée le 18 septembre 1950, juste après le Mondial... Une illustration de plus des difficultés chroniques du Brésil à être prêt pour le jour J. En 2014, c'est la réforme de certains aéroports qui ne sera achevée qu'après le Mondial.

- Racisme latent

Pays le plus métissé au monde, se voulant imperméable au racisme, le Brésil était et reste profondément marqué par plusieurs siècle d'esclavagisme, de préjugés et d'inégalités socio-raciales, y compris dans le foot. "En 1950, le monde de l'après IIe Guerre Mondiale espérait avoir surmonté l'idéologie nazie de la supériorité de races sur d'autres", explique Marcelo Paixao, professeur de sociologie et d'économie à l'Université fédérale de Rio.

"Mais quand nous avons perdu en 1950, (le gardien de but noir de la sélection brésilienne Moacyr) Barbosa a été immédiatement érigé en super bouc-émissaire". La génération Pelé, Didi, Garrincha a certes réhabilité les joueurs noirs, grâce à la victoire de 1958 au Mondial en Suède. "Mais aujourd'hui encore, vous verrez très peu de présentateurs noirs de programmes de sport, et à peine deux ou trois entraîneurs de foot noirs", souligne l'universitaire.

cw/pal-ybl/ig

PLUS:hp