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L'Accueil Bonneau, pour toujours au cœur des rues de Montréal (PHOTOS)

02/06/2014 01:26 EDT | Actualisé 02/06/2014 03:00 EDT
Louis-Philippe Martin

700. C’est le nombre de personnes qui traversent quotidiennement la porte d’entrée de l’Accueil Bonneau au centre-ville de Montréal et qui en ressortent, quelques heures plus tard, douchées, nourries et avec de nouveaux vêtements.

Ces personnes font partie des 30 000 sans-abri vivant ou ayant vécu en situation d’itinérance à Montréal que l’Accueil Bonneau et son directeur Aubin Boudreau accueillent à bras ouverts.

M. Boudreau est le premier laïc à administrer l’organisme depuis son arrivée en 2009. C’est un homme tout simple et fort accueillant qui a consacré les 25 dernières années de sa vie à aider les autres.

« Ici, 80% des personnes que nous recevons ont des problèmes de dépendances. 50% ont des problèmes de santé mentale », dit-il d’une voix rassurée.

Faire le plein

À l’Accueil Bonneau, tout le monde connaît Aubin. «Quand je commence à m’ennuyer en travaillant sur des dossiers administratifs, je vais faire un petit tour et ça me rappelle pourquoi je fais ce travail», explique-t-il.

Des garde-robes pleines à craquer surabondent les murs. Jeans, chaussures, polos, draps, tout y est. Quelques pas de plus et Manon, une bénévole, est assise dans une chaise à bascule, en train de détricoter des foulards pour en faire des pantoufles. Aubin et elle s’échangent quelques gentils mots.

«Une fois par mois, des podiatres de l’Université du Québec à Trois-Rivières viennent donner des soins de pieds aux gars, explique le directeur. On a aussi des coiffeurs qui viennent leur couper les cheveux».

Aubin parle constamment des itinérants comme de ses « gars ». Cela n’a rien d’étonnant puisque 99% des personnes qui fréquentent le centre sont des hommes avec une moyenne d’âge de 50 ans.

Donner pour recevoir

Un étage plus bas se trouve la salle à manger. Un repas chaud y sera servi en matinée avec un service aux tables, puis un repas froid en après-midi. Les bénévoles s’affairent chaleureusement aux dernières préparations. Ce sont les mêmes bénévoles qui reviendront pour ce service. «Ça permet de créer un lien plus fort», précise Aubin. « La plupart me disent qu’ils viennent ici plus pour recevoir que donner », ajoute-t-il au sujet des bénévoles qui se comptent au nombre de 250.

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Quelques minutes suffiront pour que la salle soit bondée avec une centaine de personnes. Ça discute, ça rit, mais surtout ça mange.

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Dans la salle de jour, quatre hommes portent une profonde attention à la télévision où joue un documentaire sur les animaux. Visiblement, ils se sentent chez eux.

« On veille à s’assurer que tout se passe bien, à savoir s’ils ont pu bien dormir quelque part la veille », dit l’un des intervenants sur place.

L’espoir renaît

Aubin est particulièrement fier de l’étage le plus haut de l’établissement qu’il dirige, car c’est là que le service de fiducie et les 166 studios se trouvent. « Ce n’est pas un refuge, avance-t-il. Les locataires viennent s’installer sur une base volontaire et paient un loyer équivalent à 25% de leurs revenus. On reçoit leur chèque, on surveille leur dépense et on les accompagne dans la thérapie. »

Puis, il y a André qui se tient debout devant la porte d’entrée de son studio, qui donne sur une vue magnifique du fleuve Saint-Laurent. Plutôt hésitant au début, il finit par nous laisser entrer. « Il y a cinq ans, André était dans la rue. Il était dans un délire psychotique sans suivi ni médicamentation », explique Aubin.

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Martin est un autre homme avec un passé trouble. De 2007 à 2009, il s’est retrouvé dans la rue à la suite d’une dépression. En 2009, rien ne va plus, il est diagnostiqué avec le VIH. « Ça a été une belle descente au fond du baril », ironise-t-il. Il raconte que son passage à l’AB lui aura permis de se prendre en main. « J’ai commencé à travailler dans la cuisine et j’ai appris à travailler en équipe. Ça m’a permis de perdre des mauvaises habitudes».

Martin aspire maintenant à devenir travailleur de rue. « J’ai vu la bipolarité, le suicide, les drogues… Je crois avoir une certaine expérience pour aider les gars ».

La reconnaissance pour survivre

Si l’Accueil Bonneau était à sa naissance, 137 ans plus tôt, simplement définie comme une soupe populaire et un vestiaire, l’importance de maintenir en vie cet héritage social est d’autant plus grande aujourd’hui.

Avec un budget de trois millions par année, dont 325 000 $ proviennent du gouvernement du Québec, M. Boudreau croit qu’il est nécessaire d’aller chercher un plus grand financement auprès du gouvernement et une plus grande reconnaissance. « Nous voulons pouvoir conserver nos valeurs d’accueil inconditionnel qui nous ont été léguées par ceux qui étaient là avant », ajoute-t-il.

Pas question de diminuer les services psychosociaux, même pendant l’été. « Les gens pensent souvent que nous recevons plus de personnes l’hiver que l’été en raison du froid. Au contraire, l’été, des enjeux liés à la chaleur et aux territoires exigent que l’on maintienne nos services à l’œuvre. »

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