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Procès Al-Jazeera en Egypte: la défense dénonce un dossier à charge fabriqué

01/06/2014 11:48 EDT | Actualisé 01/08/2014 05:12 EDT

Deux avocats des journalistes d'Al-Jazeera jugés en Egypte ont accusé dimanche le Parquet d'avoir fabriqué un dossier à charge contre les reporters de l'antenne anglophone de la chaîne du Qatar détenus depuis quatre mois pour soutien aux islamistes.

Au total dans ce procès qui a déclenché un tollé international, neuf détenus sont jugés, ainsi que 11 personnes par contumace: 16 Egyptiens sont accusés d'appartenir à une "organisation terroriste" -les Frères musulmans du président Mohamed Morsi destitué par l'armée- et quatre étrangers pour "diffusion de fausses nouvelles".

Lors d'une nouvelle audience devant une cour criminelle du Caire, deux avocats des journalistes australien Peter Greste, canado-égyptien Mohammed Fadel Fahmy et égyptien Baher Mohamed s'en sont pris à la commission technique appelée à témoigner par le procureur, qui avait conclu que les reporters avaient menacé "l'unité nationale et la paix sociale en tentant de répandre le chaos".

Devant la cour dimanche, les trois experts de la commission ont toutefois affirmé qu'ils n'étaient pas autorisés à donner un avis et qu'ils s'étaient bornés à rendre un avis sur les aspects techniques des vidéos présentées comme preuves par le parquet.

Khaled Abou Bakr, l'avocat de M. Fahmy, a dénoncé des témoignages "dictés" affirmant que "les réponses orales des témoins ne correspondent pas à leurs déclarations écrites" présentées par le parquet. Chaabane Saïd, avocat de quatre autres accusés dans ce procès, a de son côté présenté un recours contre "des fraudes dans l'enquête du parquet". Les avocats ont réclamé qu'une nouvelle commission indépendante soit formée.

"L'audience d'aujourd'hui a prouvé que les témoins de la commission ont été obligés de dire ce que le parquet attendait d'eux", a estimé M. Fahmy depuis le box des accusés. "Mon avocat plaidera le fait que ce procès est une mascarade montée à partir d'une déclaration que la commission a été forcée de signer et qui assure que nous avons mis en danger la sécurité nationale", a ajouté le journaliste s'adressant à la presse présente à l'audience.

"Je vais poursuivre le parquet, nous sommes otages d'une débâcle politique entre l'Egypte, le Qatar et je ne sais qui", a-t-il encore dit. "Aucune preuve ne nous accable, si nous sommes condamnés, ce sera pour des raisons politiques", a renchéri son confrère Peter Greste.

L'Egypte et le Qatar sont à couteaux tirés depuis la destitution de M. Morsi par l'armée en juillet. Le Caire reproche à Doha de soutenir les Frères musulmans, en particulier via Al-Jazeera, tandis que Doha dénonce la répression des pro-Morsi. L'antenne égyptienne de la chaîne satellitaire qatarie a en outre été fermée.

Lors de la prochaine audience, le 5 juin, le parquet doit prononcer son réquisitoire. Au cours des précédentes, il avait produit des enregistrements inaudibles après avoir cherché à prouver que les journalistes manipulaient les images de leurs reportages, en montrant des vidéos sans lien avec leur travail.

"Les échanges (lors de l'audience) d'aujourd'hui) ont été un nouveau coup pour l'accusation", a réagi la chaîne dans un communiqué publié à Doha où elle a son siège.

"Les preuves qui ont été présentées sont manifestement absurdes. Le monde entier sait que nos journalistes (...) sont tout à fait innocents. Nous espérons que cette affaire se terminera très bientôt et qu'ils retrouveront leurs familles", a ajouté Al-Jazeera.

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