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Mondial-2014 - Ronaldo, neuf en politique et déjà hors-jeu ?

01/06/2014 06:34 EDT | Actualisé 01/08/2014 05:12 EDT

Ronaldo croyait marquer un but en mettant un pied en politique et deux dans le Comité d'organisation local (COL) du Mondial, mais au gré de positions maladroites, il s'est lui-même mis hors-jeu aux yeux de nombreux Brésiliens.

A 37 ans et retraité depuis 2011, le double Ballon d'Or (1997, 2002) et double champion du monde (1994, 2002) reste une idole, le grand archétype du buteur, un des tous meilleurs de l'histoire, auteur de 62 réalisations pour la Seleçao.

Mais la trajectoire de Ronaldo Luis Nazario de Lima ressemble désormais à celle d'un Pelé, dont il dit admirer le talent pour le marketing. Avant le "Gros" (ou "Gronaldo" en français), qui vient de s'engager à la présidentielle en faveur d'un opposant, le "Roi" Pelé avait perdu en popularité en se mêlant de politique.

"Le dribble et l'opportunisme sont fondamentaux dans la vie d'un buteur. Ils sont méprisables dans la vie d'un citoyen", a lâché le blogueur Menon, résumant le ton ironique voire acrimonieux de la presse ces derniers jours.

Elle a repris de volée Ronaldo après ses récentes critiques sur les retards dans les travaux d'infrastructures. "Il a tardé, il aurait dû parler avant, ou alors prendre une autre position", a résumé jeudi Rivelino, champion du monde 1970.

Les mécontents de l'avant-Mondial, et ils sont nombreux au Brésil, l'accusent ainsi de réagir au dernier moment après s'être benoîtement coulé dans le moule des autorités et organisateurs. Le célèbre écrivain Paulo Coelho l'avait même traité d'"imbécile".

- Soutien politique -

Et dans la mémoire collective résonnent encore ses propos de 2011: "On ne fait pas une Coupe du monde avec des hôpitaux". Une petite phrase qui avait refait surface lors des massives manifestations de juin 2013 condamnant les investissements publics colossaux consentis pour le Mondial, ses stades, et réclamant des améliorations dans l'éducation et la santé.

Romario, son rival dans le panthéon des buteurs, devenu député fédéral et l'un des plus virulents anti-Mondial, avait flairé le coup. Il a dès lors ciblé Ronaldo, sur le thème "représentant du peuple" contre "suppôt du pouvoir".

Il l'a notamment taclé en mars dernier en le rendant comptable d'une promesse, finalement enterrée, de la Confédération (CBF) d'offrir des places pour le Mondial à de jeunes handicapés.

Les changements de pied de "R9" n'étonnent pas forcément le fan de foot au vu du parcours du joueur: FC Barcelone et Real Madrid, Inter Milan et AC Milan, remise en forme au Flamengo de Rio avant de signer à Corinthians pour une fin de carrière à Sao Paulo, lui le Carioca...

Ce qui a choqué aussi, c'est que Ronaldo couple ses critiques, inédites dans sa bouche, avec l'annonce lundi de son soutien au candidat socio-démocrate Aecio Neves, principal rival de la présidente Dilma Rousseff à la présidentielle d'octobre.

S'il n'a "pas l'intention de rentrer en politique", il compte néanmoins "faire quelque chose" durant la campagne présidentielle de son "ami de 15 ans".

- 'But contre son camp' -

De quoi irriter Mme Rousseff et son gouvernement. Peu avant ses critiques, l'ex-joueur avait fait un petit pont au ministre des Sports sur une pelouse du quartier de Caju à Rio, en marge d'un rendez-vous Fifa. Aldo Rebelo n'imaginait pas, alors, que le Fenômeno irait marquer "un but contre son camp", comme il l'en a ensuite accusé...

Mais pas contre son camp financier. Car côté affaires, tout va bien. Son statut de membre du COL a accru sa visibilité médiatique et surtout publicitaire, évidemment bénéfique pour son agence de marketing sportif, 9ine.

Certains médias brésiliens ont par exemple relevé que la petite entreprise de l'ex-buteur s'occupait des graffeurs Os Gemêos, chargés de décorer la carlingue de l'avion de la Seleçao...

Conflit d'intérêts ? "Les contrats que j'ai sont longs, anciens, antérieurs à mon entrée dans le Comité", qui lui aurait au contraire "fait du mal" s'est-il défendu jeudi.

Ronaldo vit pourtant en grande partie à Londres depuis qu'il travaille avec WPP, agence de publicité britannique qui avait annoncé dès septembre 2010 son partenariat avec 9ine, avec l'objectif d'"exploiter les grandes opportunités marketing autour du sport au Brésil, hôte du Mondial-2014 et des jeux Olympiques 2016 de Rio".

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