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Soudan du Sud: le chef rebelle Machar admet ne pas avoir un total contrôle de ses troupes

31/05/2014 11:21 EDT | Actualisé 31/07/2014 05:12 EDT

L'ancien vice-président sud-soudanais Riek Machar, dont les rebelles affrontent depuis mi-décembre l'armée sud-soudanaise, a admis samedi dans un entretien à l'AFP ne pas contrôler totalement ses combattants, tout en soulignant que les atrocités dont ils sont accusés devaient être prouvées.

M. Machar a expliqué à Nairobi qu'il avait "fallu du temps pour regrouper" ses partisans "dans une force viable sous une structure de commandement et de contrôle".

"Nous avons aussi des combattants volontaires, des civils possédant leurs propres armes, qui ont rejoint le combat. (...) Donc je ne peux pas dire que je les contrôle tous", a-t-il poursuivi au sujet de l'agrégat hétéroclite de soldats mutins, miliciens tribaux, civils et possibles mercenaires composant ses troupes. "Ce serait mentir de dire cela", a-t-il ajouté, "mais nous espérons pouvoir les contrôler car nous les formons et les disciplinons".

"Je les ai alertés sur l'importance de suivre les lois humanitaires internationales. Certains le feront, d'autres pas, mais ceux-là seront tenus pour responsables", a-t-il assuré.

Les troupes favorables à M. Machar, majoritairement d'ethnie nuer, sont, entre autres atrocités, accusées par l'ONU d'avoir massacré des centaines de civils sur des bases ethniques lorsqu'elles ont repris mi-avril la localité septentrionale de Bentiu, capitale de l'Etat pétrolifère d'Unité.

"Nous devons connaître les faits (...) Il y a eu des combats à Bentiu, donc une enquête doit être menée concernant tout cela", a déclaré M. Machar, interrogé par l'AFP sur d'éventuelles mesures prises contre les responsables présumés de ces exactions.

"Je veux une paix basée sur l'établissement des responsabilités, je ne veux pas une paix basée sur l'impunité", a-t-il néanmoins affirmé.

La rivalité politique entre le président Salva Kiir et Riek Machar à la tête du régime sud-soudanais a divisé l'armée sur des lignes ethniques, sur fond de vieilles rancunes et de méfiance entre peuples dinka et nuer, les deux principales communautés du pays, dont sont respectivement issus les deux hommes.

Les deux camps ont été accusés de massacres et d'exactions sur des bases ethniques contre les civils. L'ONU et Washington ont appelé MM. Kiir et Machar à punir ceux de leur camp responsables d'atrocités, les menaçant de sanctions, mais certains observateurs doutent du contrôle réel des deux dirigeants sur leurs troupes respectives.

L'armée sud-soudanaise, loyale au président Kiir, est de son côté accusée d'avoir massacré de nombreux civils nuer à Juba, la capitale, après avoir réussi à en chasser les troupes pro-Machar mi-décembre.

Le conflit a déjà fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts, et chassé de chez eux plus de 1,3 million de Sud-Soudanais. La communauté internationale estime que le pays est désormais menacé de famine et d'un génocide.

- Les négociations patinent -

Lors d'une conférence de presse samedi à Nairobi, M. Machar s'est dit prêt à rencontrer à nouveau Salva Kiir avant le 9 juin, comme le prévoit l'"Accord pour mettre fin à la crise au Soudan du Sud" signé entre les deux ennemis le 9 mai à Addis Abeba, lors de leur première rencontre depuis le début du conflit.

"Les médiateurs m'ont informé qu'une telle rencontre devrait se tenir avant le 9 juin. J'espère que l'autre camp acceptera. De mon côté, nous sommes déterminés à respecter l'accord et (...) déterminés à rencontrer" le président Kiir, a-t-il déclaré.

Une clause de cet accord prévoyant la cessation des hostilités n'a jamais été respectée, pas plus qu'un premier cessez-le-feu signé le 23 janvier.

Arrivé mardi à Nairobi, M. Machar a rencontré deux fois le président kényan Uhuru Kenyatta, à qui il a, dit-il, "expliqué (sa) version de l'histoire concernant les causes profondes du conflit au Soudan du Sud" et "présenté (sa) position (...) en vue de parvenir à la paix" dans le jeune pays, indépendant depuis juillet 2011.

M. Machar a annoncé son intention de se rendre dans d'autres Etats membres de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), qui assure la médiation dans le conflit, pour "s'expliquer".

Les négociations à Addis Abeba pour trouver une solution politique n'ont quasiment pas progressé et doivent reprendre le 4 juin.

"J'espère que d'ici le 9 juin nous pourrons mettre fin" au conflit, a dit M. Machar à l'AFP. "Je veux voir la paix" au Soudan du Sud.

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