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Pakistan: indignation et confession dans l'affaire de la femme enceinte lapidée

29/05/2014 11:13 EDT | Actualisé 29/07/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a exigé jeudi des mesures urgentes dans l'affaire de la femme enceinte lapidée par sa famille et dont le mari a admis avoir tué sa première épouse donnant à ce drame une tournure shakespearienne.

Farzana Parveen, 25 ans, avait été battue à mort mardi à coups de briques par une trentaine de membres de sa propre famille devant un tribunal dans le centre de Lahore, ville de plus de dix millions d'habitants dans la province centrale du Penjab.

Crime de cette Juliette pakistanaise: s'être mariée par amour à son Roméo local sans l'assentiment de sa famille dans un pays où les unions demeurent le plus souvent arrangées.

La police a arrêté le père de Farzana, mais le reste de la famille cavale encore en liberté.

Le Premier ministre Sharif a demandé jeudi aux autorités de la province du Penjab de "prendre des mesures immédiates" concernant ce crime "totalement inacceptable" survenu "devant la police".

Au Pakistan, des lois en vigueur depuis le début des années 2000 interdisent les mariages forcés et pénalisent les crimes d'honneur, mais se heurtent à des coutumes ancestrales ou à une interprétation rigoriste de l'islam.

Mais la police refuse le plus souvent d'intervenir dans ces affaires familiales. Et des associations locales dénoncent des dispositions de la loi permettant à des meurtriers d'échapper à la justice s'ils paient la "diya", le "prix du sang".

- "J'ai tué ta mère" -

Dans un rebondissement aussi inattendu que macabre, le veuf de Farzana, Mohammad Iqbal, un fermier de 45 ans, a avoué jeudi avoir tué sa première épouse, mais avoir justement échappé à la justice en échange du prix du sang.

"J'étais amoureux de Farzana et c'est à cause de cet amour que j'ai tué ma première femme... par strangulation", a-t-il déclaré à l'AFP dans un entretien téléphonique.

Le fils du couple avait à l'époque porté plainte contre son père, mais l'avait ensuite pardonné après le versement du "prix du sang".

"Iqbal a tué sa première épouse il y a six ans. Il avait été arrêté, puis relâché après avoir trouvé un compromis avec sa famille", a confirmé à l'AFP Zulfiqar Hameed, un responsable de la police enquêtant sur le meurtre de la jeune Farzana.

En liberté, le meurtrier a convaincu Farzana de l'épouser mais après un accord initial, la famille de la jeune femme a exigé le versement d'une dot plus généreuse, ce que Mohammad Iqbal a refusé, selon ce dernier.

Le couple s'est marié malgré le refus final de la famille de Farzana qui s'est sentie "déshonorée" par la jeune femme, et non le mari qui se dit désormais victime de "menaces de mort".

- Indignation -

Au Pakistan, près de 1.000 femmes ou adolescentes ont été tuées l'an dernier pour avoir "déshonoré" leur famille, selon la Commission nationale des droits de l'Homme, qui dénonce "l'impunité" dont jouissent les auteurs de ces meurtres.

"Le gouvernement doit prendre des mesures fortes et urgentes pour mettre fin à ce flux continu de soi-disant +meurtres d'honneur+....", a déclaré la Commissaire des Nations unies sur les droits de l'Homme, Navi Pillay. Car "il n'y a pas la moindre trace d'honneur à tuer une femme...", a-t-elle ajouté.

Le chef de la diplomatie britannique William Hague s'est dit "révulsé" jeudi par le "meurtre atroce" de Farzana Parveen et a exhorté Islamabad à prendre des mesures rapides pour traduire en justice les auteurs ce crime et juguler cette pratique.

"Il n'y a absolument rien d'honorable dans les crimes d'honneur et j'en appelle au gouvernement pakistanais de faire tout ce qui est en son pouvoir pour éradiquer cette pratique barbare", a-t-il déclaré.

bur-gl/cgu

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