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Droits de l'Homme/Maroc: "grands progrès" mais "beaucoup reste à faire" (ONU)

29/05/2014 07:15 EDT | Actualisé 29/07/2014 05:12 EDT

La Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a estimé jeudi que le Maroc avait réalisé de "grands progrès" en la matière mais ajouté que "beaucoup de travail" restait à faire, déplorant la persistance de "vieilles habitudes".

Mme Pillay termine une visite de quatre jours à Rabat, la première d'un Haut-commissaire aux droits de l'Homme en 13 ans. Elle s'est notamment entretenue avec le roi Mohammed VI ainsi qu'avec des représentants de la société civile.

"Le Maroc a fait de grands progrès vers une meilleure protection des droits de l'Homme", a dit à la presse la responsable onusienne, citant la création en 2004 de l'Instance équité et réconciliation (IER), chargée d'enquêter sur les violations passées.

En 2011, dans le contexte du Printemps arabe, le royaume a adopté une nouvelle Constitution qui "donne la primauté aux conventions internationales", s'est-elle félicitée.

Mais, selon Navi Pillay, "de nombreuses protections promises" par le texte "doivent encore se concrétiser".

"Beaucoup de travail reste à faire pour approfondir la culture du respect des droits de l'Homme dans toutes les institutions de l'Etat", a fait valoir la Haut-commissaire.

Appelant à combattre les "vieilles habitudes", Mme Pillay a évoqué la lutte contre la torture, en notant que des délégations onusiennes avaient récemment fait part de leur "préoccupation".

"Le roi m'a dit qu'il ne pouvait tolérer la torture sans pouvoir exclure l'existence de cas isolés", a-t-elle relevé, appelant à des enquêtes systématiques.

"L'impunité est le combustible le plus puissant pour la violation des droits de l'Homme", a argué Navy Pillay.

Elle a en outre mentionné comme "source d'inquiétude" la répression de certaines manifestations, citant le cas d'un rassemblement en août dernier contre la grâce royale accordée un temps par erreur à un pédophile espagnol.

- Offre d''assistance technique' au Sahara -

Même si la liberté d'expression est "généralement respectée", il est "regrettable d'entendre que des journalistes et blogueurs sont visés, se voient imposer des amendes, le retrait de leur accréditation et même des emprisonnements sur la base d'accusations créées de toutes pièces", a-t-elle encore jugé.

Mme Pillay a cité le cas d'Ali Anouzla, poursuivi pour "incitation au terrorisme" en raison de la publication sur le site arabophone Lakome d'un lien vers une vidéo d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) appelant au jihad, dans le cadre d'un article consacré à ce document inédit.

Les principales ONG internationales ont réclamé à plusieurs reprises l'abandon de ces poursuites.

En réaction, le porte-parole du gouvernement Mustapha Khalfi a estimé que cette visite symbolisait une interaction "courageuse et responsable" avec les mécanismes onusiens, et exprimé "la disposition du Maroc "à régler les problèmes soulevés".

Devant la presse, Navi Pillay avait par ailleurs abordé le dossier spécifique du Sahara occidental, une ex-colonie espagnole contrôlée par Rabat mais revendiquée par des indépendantistes (Polisario).

Qualifiant d'"encourageant" le rôle des sections locales du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH, officiel), elle a proposé de leur apporter une "assistance technique".

"Mon bureau est chargé de surveiller bon nombre de situations de droits de l'Homme à travers le monde et de les évaluer", "et nous pouvons assurer un système de surveillance et de suivi (...) indépendant et impartial", a-t-elle dit.

Ces dernières années, le Maroc s'est catégoriquement opposé à tout élargissement aux droits de l'Homme du mandat de la mission de l'ONU au Sahara occidental (Minurso).

gk/sw

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