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Cambodge: démission d'une militante controversée contre la traite des femmes

29/05/2014 04:30 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

La Cambodgienne Somaly Mam, l'un des visages les plus connus de la lutte internationale contre l'esclavage sexuel, a démissionné de sa fondation après la remise en cause de sa version de certains éléments de sa biographie.

Sa décision de démissionner, soutenue par de nombreuses célébrités, fait suite à une enquête du cabinet d'avocats Goodwin Procter sur son histoire personnelle, selon un communiqué publié tard mercredi par la fondation qui porte son nom, qui n'a pas précisé ce que cette enquête avait révélé.

"Même si nous sommes très attristés par cette nouvelle, nous restons reconnaissants du travail de Somaly de ces deux dernières décennies, de son aide à construire une fondation qui a aidé plusieurs milliers de femmes et de filles, et pour avoir attiré l'attention sur les 21 millions d'individus actuellement réduits en esclavage", a indiqué la Fondation.

Somaly Mam a raconté avoir été vendue par un grand-père ou un oncle alors qu'elle avait un peu plus de dix ans, puis avoir été violée de façon répétée, jusqu'au jour où elle a réussi à s'enfuir du bordel après avoir vu une amie se faire tuer sous ses yeux. "J'étais complètement brisée", déclarait-elle à l'AFP en 2012.

Mais le quotidien cambodgien Cambodia Daily et le magazine Newsweek ont pointé du doigt des incohérences dans son histoire.

Dans un article titré "Somaly Mam: la Sainte (et pécheresse) du trafic sexuel", Newsweek a indiqué que ses entretiens avec des amis d'enfance, des professeurs et des responsables locaux contredisaient certaines parties importantes de son autobiographie.

La Fondation a également indiqué avoir coupé tout lien avec une autre victime supposée, Long Pros, dont la famille a assuré à Newsweek qu'elle n'avait jamais été victime de trafic sexuel. Elle avait raconté avoir été réduite en esclavage sexuel, torturée avec des câbles électriques, et qu'un proxénète en colère lui avait arraché un oeil.

Une autre fille aurait confessé que son histoire était fabriquée et soigneusement répétée pour les caméras sur instructions de Somaly Mam.

Ce n'est pas la première polémique autour de l'énergique militante.

En 2011, elle avait autorisé un correspondant du New York Times à tweeter en direct lors d'une descente dans un bordel au Cambodge, soulevant des critiques d'autres militants dénonçant une opération de communication.

Alors que la ligne est parfois floue entre trafiquants et victimes, qui elles-mêmes finissent parfois par en recruter d'autres, Mam a également adopté une ligne stricte et controversée: tous les travailleurs du sexe sont des victimes.

Sa fondation a assuré que son travail se poursuivrait sans elle, alors que le Cambodge compte plus de 34.000 travailleurs, selon des chiffres officiels de 2009.

suy-dr/abd

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