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Attaque d'une église à Bangui: "Ils sont arrivés en 4x4 et ont lancé des grenades"

29/05/2014 07:19 EDT | Actualisé 29/07/2014 05:12 EDT

Les assaillants "sont arrivés en 4x4 et ils ont lancé des grenades". Les témoins de l'attaque de l'église Notre-Dame de Fatima dans le centre de Bangui au cours de laquelle une quinzaine de personnes a été tuée mercredi, racontent aussi les "tirs de mitraillette sans fin", les cadavres qui jonchent le sol.

"J'étais au marché en face de l'église", raconte à l'AFP le pasteur Padou Romaric. "Il y avait des anti-balakas (milices chrétiennes) dans le quartier et des soldats burundais ont tiré en l'air pour les faire fuir. Des musulmans, qui suivaient les soldats de la force africaine, en ont profité" pour entrer dans l'église.

Tous les témoignages recueillis par l'AFP mercredi soir et jeudi matin évoquent des "musulmans", des "mercenaires Séléka", du nom des rebelles majoritairement musulmans au pouvoir à Bangui entre mars 2013 et janvier 2014, ou des "arabes armés", venus du quartier voisin PK5, dernier bastion musulman de la ville.

Ces assaillants "sont arrivés à bord de deux 4x4 blancs et de motos", dit le pasteur Romaric. "Ils avaient des lance-roquettes, des grenades. Quand ils sont entrés dans l'enceinte de l'église, ils ont lancé leur grenades. Il y avait tellement de blessés que je ne pouvais pas les compter".

Le curé de la paroisse, le père Gabriel, était dans le presbytère de l'église quand, en milieu d'après-midi, vers 15h, les assaillants ont attaqué. "J'étais dans ma chambre, tout le monde a couru pour s'y réfugier", dit-il.

Plusieurs milliers de déplacés ont trouvé refuge dans l'enceinte de l'église depuis quelques mois, depuis que des violences interconfessionnelles ont plongé la Centrafrique dans le chaos et poussé 2.000 soldats français et 5.000 soldats africains à se déployer sur le terrain.

Pendant un long moment, "une demie-heure" selon un témoin, "deux heures", selon un autre, des "tirs nourris de mitraillette" et des "détonations lourdes", ont résonné dans l'enceinte de l'église, explique le père Gabriel. "C'était sans fin, ça ne s'arrêtait jamais".

"Les gens se cachaient et priaient"

"Les gens ont couru dans ma chambre pour se réfugier, il y en avait partout, ils se cachaient sous mon lit, sur mon lit. On priait dans le silence et dans la peur", raconte ce curé italien âgé de 68 ans.

"Quand je suis sorti de ma chambre, il y avait des cadavres par terre devant l'église, beaucoup de blessés. Des anti-balakas m'ont dit de me mettre à l'abri", poursuit le curé. "Nous avons appelé à l'aide les gens de Sangaris et de la Misca (force africaine) mais personne n'est venu. Heureusement que les anti-balakas étaient là".

Au milieu des morts et des blessés, le père Gabriel découvre le prêtre Paul-Emile Nzale, touché à la poitrine. A plusieurs, ils l'accompagnent à l'hôpital général où il décédera plus tard, à 76 ans.

Un premier bilan de ces violences avait fait état d'une dizaine de morts, en fin d'après-midi mercredi. Plus tard en fin de soirée, un nouveau bilan faisait état de quinze personnes tuées, de source militaire.

Les forces de la Misca ont fait état de vingt morts. Cinq cadavres ont été transférés à la morgue de l'hôpital général, a constaté un journaliste de l'AFP.

Curé de la paroisse Saint Jacques, Freddy Mboula, est arrivé sur place juste après l'attaque. "Quand je suis arrivé, il y avait déjà des barricades dans la rue, devant l'église", dit-il. Les cadavres étaient étalés par terre. Ils ont été tués par balle, à la grenade ou au couteau", dit-il.

"On ne peut être que triste devant ces morts. Depuis quelques jours, il y a des affrontements dans ce quartier", a dit à l'AFP l'archevêque de Bangui, Dieudonné Nzapalainga.

La très grande majorité des quelques milliers de déplacés qui avaient trouvé refuge dans l'enceinte de l'église avaient fui le quartier jeudi matin.

"Quelle paix est possible dans un pays où l'on rentre dans une église pour égorger des prêtres ?", demande Eric, un des jeunes qui ont érigé une barricade jeudi matin aux abords de l'église Notre-Dame de Fatima.

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