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25 ans après Tiananmen, la Chine n'est plus une paria

29/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

Vingt-cinq ans après la répression de la place Tiananmen, Pékin est passé du statut de paria international à celui de superpuissance très courtisée, à mesure de la mise en veilleuse progressive des questions sur les droits de l'homme.

Scandalisées, les puissances occidentales avaient imposé des sanctions économiques à la Chine après l'assaut de l'armée mené dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 qui avait fait des centaines de morts parmi les manifestants étudiants qui réclamaient la démocratie.

Présageant l'avenir, George H. W. Bush, alors président des Etats-Unis --et ancien ambassadeur à Pékin-- résiste à des appels à des sanctions plus dures, et envoie même secrètement des émissaires à Pékin pour rassurer le n°1 chinois Deng Xiaoping.

Son successeur Bill Clinton --qui dénonçait pourtant pendant sa campagne électorale de 1992 les "bouchers de Pékin"-- a dans un premier temps lié l'évolution des relations commerciales américano-chinoises à des progrès sur le front des droits de l'homme, mais cette exigence est vite oubliée.

"Notre petit secret, c'est que nous faisions quelques progrès, mais que les agences économiques n'étaient pas enthousiastes et ont sapé notre politique, et que le président Clinton n'a pas soutenu le département d'Etat", se rappelle Winston Lord, qui était à l'époque le principal responsable de la diplomatie américaine en Asie orientale.

"Notre administration était divisée. Les Chinois ont joué là-dessus et n'ont donc pas évolué de manière significative sur les droits de l'homme", soulignait récemment M. Lord lors d'une audition devant le Congrès.

Un quart de siècle plus tard, le diplomate --ambassadeur en Chine jusqu'à six semaines avant Tiananmen-- appelle les Etats-Unis à maintenir la pression sur les droits de l'homme, mais pense qu'il pourrait être plus efficace d'insister sur des questions "plus prudentes", comme l'environnement, "étant donné que le régime chinois a fait de sa survie la priorité n°1".

- Une influence sans commune mesure -

Quelques mesures sont toutefois toujours en place depuis 1989: les Occidentaux et le Japon organisent régulièrement avec Pékin des dialogues sur les droits de l'homme et refusent de vendre des armes à la Chine --même si la France a par le passé appelé à la levée de l'embargo de l'Union européenne.

Mais la Chine a aujourd'hui une influence sans commune mesure avec celle qui était la sienne en 1989: le poids de son économie a été multiplié par 30, à mesure que le pays devenait une plateforme pour la fabrication à bas coûts de produits manufacturés.

Depuis que le président Xi Jinping a pris ses fonctions l'an passé, la Chine a multiplié les revendications maritimes face à ses voisins, et l'influence de Pékin est recherchée sur des sujets aussi variés que l'économie mondiale, le changement climatique, la Corée du Nord, l'Iran ou le Soudan.

"Depuis le début, les administrations (américaines) n'ont pas particulièrement tenu à se pencher sur ces questions" des droits de l'homme, pointe Warren Cohen, professeur d"histoire de la diplomatie américaine à l'université du Maryland-Baltimore County.

"De temps en temps, la question revient sur le tapis s'il y a un incident ou si quelqu'un écrit un article. Mais le message très clair qui a été envoyé aux Chinois est que notre relation avec eux est beaucoup plus importante que tout ce qu'ils font subir à leur peuple", analyse M. Cohen.

En normalisant les relations commerciales américano-chinoises, Bill Clinton assurait qu'une telle décision représentait le meilleur moyen d'encourager des "progrès viables de long terme" sur les droits de l'homme. Des responsables américains évoquaient pourtant récemment encore une aggravation de la situation, avec des arrestations de dissidents, des restrictions imposées à des minorités ou encore un blackout total sur toutes les références à Tiananmen --une censure que la Chambre des représentants américains a appelé mercredi à lever dans un vote quasi unanime.

"On ne peut pas dire que le développement de l'économie amènera l'amélioration des droits civils et politiques. La Chine a montré clairement que ce n'était pas le cas", regrette Sophie Richardson, directrice pour la Chine de l'ONG Human Rights Watch.

"Avons-nous eu à un moment donné un levier? J'en doute", souligne Warren Cohen. "J'aimerais le croire et je souhaiterais que cela ait été le cas, mais il est difficile de voir ce que nous aurions pu faire".

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