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Présidentielle en Egypte: Sissi vers une victoire écrasante, sans surprise

28/05/2014 07:09 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

L'ex-chef de l'armée et homme fort de l'Egypte, Abdel Fattah al-Sissi, est en passe d'obtenir une victoire écrasante à la présidentielle, avec l'annonce de 93% des suffrages exprimés en sa faveur dans 15% des bureaux de vote, un plébiscite sans surprise après avoir éliminé toute opposition.

Le maréchal à la retraite dirige de facto le gouvernement intérimaire qu'il a mis en place il y a 11 mois juste après avoir destitué et fait emprisonner l'islamiste Mohamed Morsi, le premier président élu démocratiquement dans le plus peuplé des pays arabes.

Et il jouit d'un véritable culte de la personnalité depuis que ce gouvernement réprime dans le sang chaque manifestation des partisans de M. Morsi.

Une victoire sans surprise également parce qu'un seul homme avait fait acte de candidature contre lui, Hamdeen Sabbahi, une vieille figure de la gauche nassérienne, mais ce dernier n'a jamais eu la dent véritablement dure contre M. Sissi, apparaissant comme un faire-valoir au mieux résigné, au pire consentant.

M. Sabbahi n'a d'ailleurs recueilli que 2,95% des suffrages exprimés dans 15% des bureaux de vote, selon un décompte de la télévision d'Etat Nile TV trois heures après le début du dépouillement. Le camp Sissi moquait déjà sa "troisième place" derrière... les bulletins nuls (3,69%). M. Sissi recueillait, lui, 93,3% des votes exprimés dans quelque 2.000 bureaux de vote sur les 13.899 que compte le pays (près de 15%).

Mercredi soir déjà, des milliers de supporteurs déchaînés de M. Sissi commençaient à se rassembler sur la place Tahrir, épicentre de la révolte populaire qui chassa du pouvoir Hosni Moubarak début 2011 après 30 années de règne absolu de cet ex-général. Des feux d'artifice illuminaient le ciel au milieu de posters géants de Sissi, comme en sont couverts par millions les murs du pays depuis qu'il a destitué Morsi le 3 juillet 2013.

La participation est la seule inconnue et le seul enjeu de ce scrutin joué d'avance, M. Sissi ayant répété jusqu'à l'obsession des mois durant qu'il ne souhaitait prendre la tête de l'Egypte que s'il était assuré d'un adoubement populaire massif.

Il a dit au cours de sa campagne espérer recueillir les voix d'au moins 45 millions des près de 54 millions d'électeurs. Sa hantise est d'être élu avec une participation inférieure à celle du scrutin de juin 2012 qui avait propulsé le Frère musulman Morsi à la magistrature suprême: 51,85%.

- Une 'farce' -

Or, mardi soir, la commission électorale nommée par le gouvernement avait décidé à la surprise générale de prolonger de 24 heures le scrutin prévu initialement sur deux jours, s'inquiétant d'un taux de participation de seulement 37%. Invoquant la "chaleur" qui aurait dissuadé nombre d'électeurs de se rendre aux urnes, elle a déclenché les critiques et les sarcasmes des organisations de défense des droits de l'Homme, dénonçant une "farce" après avoir souligné l'absence de toute opposition, dont les représentants sont interdits, tués ou emprisonnés depuis la destitution de M. Morsi le 3 juillet 2013.

Un membre de la commission a annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi au journal gouvernemental Al-Ahram que plus de 25 millions d'électeurs "approximativement" s'étaient rendus aux urnes sur un peu moins de 54 millions d'inscrits, et que ce chiffre était susceptible d'augmenter, donc pas loin des 50%.

"Personne hors d'Egypte ou en Occident n'a jamais cru qu'il s'agissait d'une élection libre et juste", a estimé jeudi Shadi Hamid, chercheur au Saban Center américain.

Mais avec la prolongation du scrutin, "le régime est apparu comme incompétent et ne cachant pas son cynisme, ce qui va galvaniser les Frères musulmans", a-t-il prédit.

Depuis le 3 juillet, plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont péri sous les balles des policiers et soldats, plus de 15.000 Frères musulmans ont été emprisonnés et des centaines condamnés à mort lors de procès de masse expédiés en quelques minutes. La quasi-totalité des dirigeants de la confrérie, qui avait remporté toutes les élections depuis la chute de Moubarak, sont sous les verrous et encourent --à l'instar de M. Morsi-- la peine capitale dans divers procès.

Et les Frères musulmans qui avaient appelé au boycott du scrutin, ont eu beau jeu d'évoquer mardi soir, en parlant des 37% de participation, une "gifle" donnée au pouvoir et un "certificat de décès du coup d'Etat" du 3 juillet.

Pour le politologue Gamal Abdel Gawad, M. Sissi n'avait "pas besoin de placer la barre de la participation si haut, car quand le résultat d'un scrutin ne fait aucun doute, il n'y a pas grand-chose à faire pour inciter les gens à se déplacer pour voter".

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