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La crise s'accentue en Libye, deux gouvernements en place

28/05/2014 03:56 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

La crise s'est accentuée mercredi en Libye, qui se retrouve avec deux gouvernements au milieu d'un imbroglio politico-judiciaire et des violences dans l'est du pays.

A Benghazi (est), les forces du général dissident Khalifa Haftar, qui dit combattre le "terrorisme" en Libye et a reçu l'appui d'unités de l'armée, ont lancé des raids aériens contre une brigade islamiste.

Dans une nouvelle illustration des crises répétitives qui minent la transition depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi il y a trois ans, la Libye se retrouve avec deux gouvernements sur fond de lutte d'influence entre libéraux et islamistes.

Le cabinet libéral sortant d'Abdallah al-Theni a affirmé mercredi soir dans un communiqué qu'il s'en remettait à la justice pour déterminer s'il devait céder le pouvoir au nouveau gouvernement d'Ahmed Miitig, appuyé par les islamistes et dont l'élection est contestée.

"Partant de sa responsabilité historique, le gouvernement par intérim s'engage au respect total de toutes les décisions de la justice", selon le communiqué, évoquant les recours déposés par des députés contre l'élection de M. Miitig au Parlement.

La controverse remonte à début mai lorsque M. Miitig a été élu lors d'un vote chaotique au Congrès Général national (CGN-Parlement).

Plusieurs députés libéraux ont en effet accusé les blocs islamistes d'avoir laissé le vote ouvert pour des retardataires après l'annonce du résultat, afin d'atteindre les 121 voix requises, alors que M. Miitig n'avait recueilli initialement que 113 votes.

Plusieurs politiciens et groupes armés avaient déjà prévenu qu'ils ne cautionneraient pas un gouvernement formé par M. Miitig, qui a reçu malgré tout dimanche l'investiture du Parlement.

"Il ne s'agit pas d'un différend entre les deux gouvernements, mais d'un imbroglio au sein du CGN", a assuré M. al-Theni, après la lecture du communiqué, invitant le Congrès "à faire prévaloir la raison" et à "se réunir pour trouver une sortie" à la crise.

- Raids aériens -

A un millier de kilomètres à l'est, un avion militaire a mené des raids contre un camp de la Brigade des martyrs du 17 février dans l'ouest de Benghazi, touché par deux missiles, a annoncé cette brigade sans faire état de victime.

La puissante brigade du "17 février", formée par des ex-rebelles islamistes, est soupçonnée d'entretenir des liens étroits avec le groupe jihadiste d'Ansar Asharia, classé organisation "terroriste" par les Etats-Unis.

Le groupe Ansar Asharia, basé à Benghazi, avait menacé mardi le général Haftar du même sort que le leader déchu Mouammar Kadhafi, mort en octobre 2011 peu après sa capture par les rebelles, et a mis en garde les Etats-Unis contre toute intervention en Libye.

Après avoir obtenu le ralliement de plusieurs unités de l'armée, le général Haftar avait annoncé le 16 mai une campagne baptisée "la Dignité" contre les groupes extrémistes.

Mohamed Al-Zehawi, chef d'Ansar Asharia à Benghazi, a accusé le général dissident d'être un "nouveau Kadhafi" et un "agent des renseignements américains".

"S'il persiste à mener cette sale guerre, il risque de voir s'ouvrir les portes de l'enfer", a prévenu M. Zehawi, en prévenant les Etats-Unis de rester à l'écart ou de connaître le même sort qu'en Irak, en Afghanistan ou en Somalie.

Dans ce contexte chaotique, plusieurs pays ont multiplié les appels de vigilance à leurs ressortissants en Libye, alors que les Etats-Unis ont recommandé à tous leurs ressortissants de quitter "immédiatement" le pays.

Les Etats-Unis ont décidé de déployer à proximité des côtes libyennes un navire d'assaut amphibie avec un millier de soldats du corps des Marines à bord, afin de pouvoir mener une éventuelle évacuation de son ambassade à Tripoli.

Les autorités américaines sont encore traumatisées par l'attaque du 11 septembre 2012 contre le consulat américain de Benghazi, qui avait coûté la vie à quatre Américains, dont l'ambassadeur Christopher Stevens.

L'absence d'autorité incontestée dans ce pays où les milices rivales et dominées par les islamistes font la loi depuis la chute de Kadhafi fait désormais redouter une plongée dans la guerre civile.

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