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Hollande et Cameron veulent que l'Europe change pour briser la vague europhobe

27/05/2014 01:24 EDT | Actualisé 27/07/2014 05:12 EDT

François Hollande et David Cameron, deux dirigeants de pays touchés de plein fouet par la montée des extrêmes aux européennes, ont demandé mardi que l'Europe change pour endiguer cette vague europhobe.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se sont retrouvé mardi soir pour répondre d'urgence à l'inquiétude, voire au rejet, exprimés dimanche, et lancer le processus de désignation des dirigeants des institutions européennes.

"Je veux que l'Europe change. Elle doit entendre ce qui s'est passé en France", a lancé le président français François Hollande. "Un électeur sur quatre a voté pour l'extrême droite. Oui il y a un problème, mais pas seulement pour la France", a-t-il affirmé. "C'est aussi un problème pour l'Europe. Si dans quelques années l'Europe n'a pas répondu aux attentes, aux peurs, il y aura d'autres votes qui s'exprimeront en France et ailleurs contre l'Europe", a-t-il averti.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a lui aussi réclamé une réforme de l'UE. "Elle est devenue trop grosse, trop autoritaire, trop intrusive", a-t-il tonné. Mis en difficulté par la victoire du parti europhobe Ukip, qui réclame la sortie du Royaume-Uni de l'UE, M. Cameron exige une limitation des interventions de l'Europe "là où elles sont nécessaires".

"Le moment est venu de changer les politiques européennes", affirme également le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. Fort de son succès aux Européennes --il a fait triompher le centre gauche, refluer le populiste Beppe Grillo et neutralisé la droite de Silvio Berlusconi--, M. Renzi demande une réponse européenne rapide. Il veut mettre à profit le semestre de présidence de l'UE par l'Italie, qui commence le 1er juillet.

Pour lui, il faut régler rapidement la désignation des nouveaux dirigeants des institutions de l'UE et fixer un agenda d'actions européennes, pour la relance, l'emploi et la gestion des flux migratoires.

La chancelière allemande Angela Merkel, dont le rôle est plus que jamais central, n'est pas forcément sur la même longueur d'onde. "Il s'agit de reconquérir les électeurs" qui se sont portés sur les extrêmes, a-t-elle expliqué lundi, affirmant qu'une "politique de compétitivité, de croissance et d'emplois est la meilleure réponse au mécontentement".

- "Nécessité de réformes" -

La personnalité du successeur de José Manuel Barroso à la tête de la Commission déterminera la manière dont les dirigeants européens entendent répondre.

Le candidat du Parti populaire européen (PPE, centre-droit), Jean-Claude Juncker, revendique le poste. Le PPE a obtenu 213 sièges. La seule possibilité pour atteindre la majorité absolue de 376 voix est une grande coalition avec les socialistes (191 sièges), avec l'apport probable des libéraux (64).

Les chefs des groupes politiques du Parlement européen ont demandé mardi aux dirigeants de l'UE de laisser M. Juncker tenter de trouver cette majorité.

La chancelière allemande Angela Merkel lui a confirmé son soutien. "Jean-Claude Juncker est notre candidat, mais nous savons qu'aucun parti n'a la majorité. Cela signifie qu'il va falloir trouver de larges majorités", a-t-elle souligné.

M. Juncker "pourra obtenir le soutien" des socialistes, "à la condition qu'il présente un programme dont les priorités seront la création d'emplois et des investissements pour la croissance, une politique européenne d'immigration globale et une lutte efficace contre l'évasion fiscale", a déclaré le président du groupe, Hannes Swoboda.

Mais plusieurs dirigeants de droite refusent de le soutenir: le Britannique David Cameron, mais aussi des chefs de gouvernement PPE comme le Hongrois Viktor Orban et le Suédois Fredrik Reinfeldt, selon une source européenne. "Angela Merkel voudra-t-elle choisir Juncker contre Cameron?", a ajouté cette source.

"La discussion entre les dirigeants européens ne doit pas être un débat sur des noms, mais sur ce que nous voulons faire", a dit Matteo Renzi. "Notre volonté, c'est que ce ne soit pas seulement une question de personne, mais une question de programme", a-t-on indiqué dans l'entourage de M. Hollande. "Il n'est pas exclu que Juncker ne soit pas celui qui soit désigné".

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