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Déconnecter après le travail, l'idée fait son chemin en Allemagne et en France

27/05/2014 08:27 EDT | Actualisé 28/05/2014 05:09 EDT
AMV Photo via Getty Images

À l'heure où de plus en plus de salariés sont équipés de téléphones intelligents et d'ordinateurs portables, des initiatives apparaissent en Allemagne et en France pour protéger la vie personnelle après le travail par un droit à la déconnexion.

Depuis trois ou quatre ans, plusieurs grands noms de l'industrie allemande ont décidé de limiter les messages électroniques pour leurs cadres en dehors des heures de bureau. Dans un pays où les troubles psychologiques liés au travail ont explosé et sont de plus en plus médiatisés, les entreprises ont commencé à agir par elles-mêmes, dans leur intérêt bien compris.

«Plus le travail empiète sur la sphère privée, plus les salariés font état de stress, de burn-out et d'incapacité à déconnecter», constate un récent rapport compilant 23 études internationales commandé par l'Office allemand pour la sécurité et la santé au travail (BAuA).

Le travail à distance peut être la meilleure des choses quand elle apporte une flexibilité souhaitée, relève Frank Brenscheidt, responsable de cette thématique au BAuA.

Quitter plus tôt le bureau pour aller chercher les enfants à l'école, puis finir sa journée depuis chez soi, peut ainsi arranger certains parents. Mais, lorsque la connexion à domicile signifie des astreintes permanentes et un excès d'heures supplémentaires, «cela rend certains salariés malades», ajoute-t-il.

En Allemagne, les journées d'arrêt pour causes de troubles psychiques ont augmenté de plus de 40% entre 2008 et 2011, selon une autre étude du BAuA.

Pas de courriels entre 18h15 et 7h chez Volkswagen

Sous l'impulsion du puissant syndicat IG Metall, le constructeur automobile Volkswagen a décrété il y a trois ans une trêve quotidienne de réception de courriels sur les téléphones professionnels. Les serveurs de l'entreprise ne dirigent plus les courriels vers les téléphones intelligents entre 18h15 et 7h00. Destiné d'abord à un millier de salariés, ce mécanisme a ensuite été élargi à environ 5000 collaborateurs, sur les quelque 255 000 que compte le groupe en Allemagne.

Son concurrent munichois BMW a choisi une autre voie. «Nous avons conscience qu'il faut mettre des limites entre le travail et la vie privée, mais nous ne voulons pas de règles rigides qui limiteraient les avantages du travail flexible», a déclaré à l'AFP Jochen Frey, porte-parole de la direction du personnel.

Depuis le début de l'année, plus de 30 000 salariés du groupe peuvent, en accord avec leur supérieur, effectuer leurs tâches hors des locaux de l'entreprise ou à des heures atypiques. Une heure passée à répondre à une demande par courriel le week-end, par exemple, peut être reconnue comme heure supplémentaire. «Cela suppose de la confiance et un dialogue entre les salariés et leurs responsables», admet M. Frey.

Daimler, le fabricant des automobiles Mercedes-Benz, a lancé à Noël un «assistant d'absence» chargé d'effacer les courriels arrivant dans la boîte électronique des salariés qui le souhaitent pendant leurs congés. L'émetteur du courriel est prévenu de l'opération et invité à contacter un remplaçant.

En 2010, la direction de Deutsche Telekom s'est engagée à ne pas attendre de ses salariés de disponibilité en continu, comme l'opérateur français France Télécom (devenu Orange) dans un accord conclu la même année.

Une loi comme garantie?

En France, un récent accord de branche a même inscrit «un droit à la déconnexion» pour les cadres du secteur du numérique ne bénéficiant pas d'horaires fixes, suscitant des moqueries dans des médias anglo-saxons.

Ce texte, qui évoque l'obligation de décrocher des outils informatiques pour respecter la durée légale de repos minimale, est «tout à fait remarquable» et permet d'ouvrir le débat, selon Bernard Salengro, membre du syndicat des cadres CFE-CGC. «Mais il n'est pas sûr du tout qu'il soit appliqué», selon lui.

Pour IG Metall, plus grand syndicat d'Europe, les avancées consenties dans certaines entreprises ne suffisent pas et il faut désormais légiférer. «Avec l'augmentation de l'utilisation des appareils électroniques par les salariés, une réglementation devient nécessaire», juge Christiane Benner, une responsable du syndicat allemand.

L'organisation est en discussion avec le ministère allemand du Travail. Celui-ci s'est lui-même doté à l'été 2013 d'une convention pour que ses collaborateurs ne puissent être dérangés pendant leur temps libre que «dans des situations exceptionnelles justifiées».

Une loi assurant aux salariés le droit de décrocher est vue d'un mauvais oeil par Martin Wästfelt, du syndicat suédois Unionen, qui prône plus de souplesse dans un pays où la flexibilité du travail est appréciée. «Il est plus efficace de faire appel à la raison et d'expliquer aux entreprises qu'il est dans leur intérêt de préserver la santé de leur personnel», estime-t-il, plaidant pour des accords entre salariés et employeurs.

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