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Thaïlande: réunion prévue des rivaux politiques sous l'égide de l'armée

21/05/2014 01:15 EDT | Actualisé 20/07/2014 05:12 EDT

L'armée thaïlandaise, sous pression de la communauté internationale pour une levée rapide de la loi martiale, devait organiser mercredi une réunion inédite entre les différents acteurs du conflit politique, alors que le gouvernement a été empêché d'utiliser son quartier général de crise.

Au lendemain de l'imposition de la loi martiale "pour restaurer la paix et l'ordre public" après sept mois d'une crise meurtrière, le chef de l'armée, le général Prayut Chan-O-Cha, a invité mercredi à 06H30 GMT les différentes parties.

Sont conviés le Premier ministre par intérim Niwattumrong Boonsongpaisan, le parti au pouvoir, le principal parti d'opposition, les manifestants des deux camps, le président du Sénat et la Commission électorale.

Malgré la loi martiale, les militaires ont laissé officiellement au pouvoir le gouvernement intérimaire, très fragilisé depuis la destitution début mai de la Première ministre Yingluck Shinawatra. Ils ont assuré que cette action, prévue par la Constitution, n'était pas un nouveau putsch dans un pays qui a connu 18 coups d'Etat ou tentatives en un peu plus de 80 ans.

Mais le gouvernement a été empêché mercredi d'utiliser le secrétariat permanent du ministère de la Défense qui lui servait de QG de crise depuis le début du blocage de son siège par les manifestants il y a plusieurs mois. "Le gouvernement utilise maintenant un lieu sûr", a précisé un responsable.

- Contrôle strict des médias -

L'armée, investie de nouveaux pouvoirs, a d'autre part imposé la censure des médias et annoncé mercredi de nouvelles restrictions, portant à 14 le nombre de télévision privées d'antenne. Elle interdit aux chaînes et journaux de citer tout commentaire politique ne venant pas de responsables officiels et a ordonné aux réseaux sociaux et autres sites de ne rien diffuser de "provocateur" ou critiquant la loi martiale.

On ignore la durée d'application de cette loi imposée pour faire face à une crise qui a fait 28 morts et des centaines de blessés depuis l'automne. L'armée a laissé entendre qu'elle pourrait durer plusieurs mois.

La communauté internationale s'est inquiétée de la situation. "Nous voulons voir un retour rapide d'une démocratie complète en Thaïlande et le respect des institutions démocratiques", a déclaré Danny Russel, secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Asie de l'Est. Les Etats-Unis, alliés militaires de Bangkok, ont toutefois jugé qu'il ne s'agissait pas d'un coup d'Etat.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé toutes les parties "à exercer la plus grande retenue, à s'abstenir de toute violence et au respect total des droits de l'Homme".

Les défenseurs des droits de l'Homme sont, eux, allés plus loin. La loi martiale "est en réalité un coup d'Etat qui menace les droits de l'Homme de tous les Thaïlandais", a dénoncé Human Rights Watch.

Depuis la dissolution du Parlement en décembre, le gouvernement expédie les affaires courantes et les législatives de février n'ont pas aidé à sortir de l'impasse. Elles ont en effet été invalidées par la justice en raison de leur perturbation par les manifestants.

Ces derniers réclamaient la tête de Yingluck Shinawatra et la fin de l'influence de son frère Thaksin, ancien Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006 qui reste malgré son exil le personnage le plus aimé et le plus détesté du royaume.

- Manifestants des deux camps mobilisés -

Malgré la destitution de Yingluck par la Cour constitutionnelle, les manifestants ne sont pas rentrés chez eux, réclamant toujours un Premier ministre "neutre" qu'ils veulent voir nommé par le Sénat en l'absence de Parlement.

L'intervention mardi de l'armée, qui s'était jusqu'alors montrée réticente à se mêler de cette crise, ne les a pas satisfaits. "Nous allons continuer à nous battre", a déclaré leur leader, Suthep Thaugsuban, devant ses partisans rassemblés dans le centre de Bangkok.

Les Chemises rouges pro-Thaksin étaient également toujours réunies mercredi dans une banlieue de Bangkok.

La présence dans la capitale de ces forces rivales fait craindre de nouvelles violences dans un pays qui vit depuis le putsch de 2006 au rythme des manifestations des masses défavorisées du Nord et du Nord-Est, fidèles à Thaksin, et de ses ennemis, proches des élites de Bangkok.

Le dernier épisode avait fait plus de 90 morts et 1.900 blessés en 2010. Les Rouges avaient alors occupé le centre de la capitale pendant deux mois.

Alors que Thaksin ou ses proches ont remporté toutes les législatives depuis 2001 mais ont été plusieurs fois chassés du pouvoir, par l'armée ou la justice, les Rouges ont cette fois mis en garde contre une guerre civile en cas de nouvelle chute du gouvernement.

Niwattumrong, dont le gouvernement a assuré n'avoir pas été prévenu de la loi martiale, a proposé de nouvelles législatives le 3 août. Des élections que les manifestants antigouvernemantaux refusent toujours.

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