POLITIQUE

Vote par anticipation: toute une différence pour la CAQ

20/05/2014 12:50 EDT | Actualisé 20/07/2014 05:12 EDT
CP

Si les scrutateurs du Directeur général des élections n'avaient pas tenu compte du vote par anticipation le 7 avril dernier, le gouvernement que dirige Philippe Couillard n'aurait été majoritaire que par deux sièges et la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait formé l'opposition officielle. C'est ce qui ressort de l'analyse des données sur le vote par anticipation mises en ligne par le Directeur général des élections.

Un texte de Hugo Lavallée Twitter Courriel

Dans la majorité des 125 circonscriptions du Québec, le parti qui a remporté le vote par anticipation est le même que celui qui a reçu le plus grand nombre de votes le jour du scrutin. Cependant, dans 12 circonscriptions, le résultat de l'élection aurait été différent, n'eût été le vote par anticipation.

C'est notamment le cas dans plusieurs circonscriptions de la banlieue de Montréal et de la région de Québec. Par exemple, le Parti libéral a remporté la circonscription de Portneuf avec 1059 voix de majorité. Toutefois, lorsqu'on examine les résultats de plus près, on constate que, le jour même du vote, c'est plutôt la CAQ qui a reçu le plus grand nombre de voix (9555 contre 8361 pour le PLQ). Le Parti libéral n'a pu remporter la victoire dans cette circonscription que grâce aux nombreux électeurs qui l'ont appuyé au moment du vote par anticipation.

En examinant les chiffres de plus près, on constate que c'est la CAQ qui aurait fait les gains les plus substantiels si on n'avait pas tenu compte du vote par anticipation. Ainsi, la CAQ aurait remporté 10 circonscriptions additionnelles, majoritairement au détriment du Parti libéral (6 circonscriptions), mais également au détriment du Parti québécois (4 circonscriptions). Libéraux et péquistes se seraient pour leur part échangé une circonscription électorale chacun. Résultat : le PLQ aurait terminé premier avec 64 sièges, la CAQ deuxième avec 32 sièges et le PQ troisième avec 26 sièges. Québec solidaire aurait conservé ses trois députés.

Comme l'explique le politologue Alain Noël de l'Université de Montréal, deux phénomènes difficiles à départager peuvent expliquer ces différences de résultat. « Les gens qui votent par anticipation n'ont pas nécessairement le même profil que les gens qui votent à la date de l'élection, ce qui peut expliquer des différences, et évidemment, ils n'ont pas les mêmes informations non plus, puisque la campagne se poursuit pendant une dizaine de jours par la suite [...]. À savoir lequel de ces deux effets-là est prédominant, c'est plus difficile à dire », explique-t-il.

Dans le contexte où le vote par anticipation semble surtout avoir favorisé le Parti libéral et le Parti québécois au détriment de la Coalition avenir Québec, Alain Noël avance deux hypothèses. « Les sondages indiquaient que la CAQ était en montée à la fin de la campagne donc les gens qui ont voté à l'avance n'ont pas pu être influencés par ce mouvement-là, dit-il. D'autre part, on peut penser que la CAQ avait moins de ressources pour organiser le vote par anticipation. »

Il est toutefois possible que le résultat de l'élection ait été le même, vote par anticipation ou pas. « [Ceux qui votent par anticipation] sont probablement des électeurs plus partisans, c'est-à-dire des gens qui ont leur idée faite et qui n'en changeront pas, et donc, [qui] sont tellement convaincus qu'ils sont prêts à voter avant que la campagne se termine », précise Alain Noël. On peut ainsi croire qu'une bonne proportion de gens qui ont voté par anticipation auraient fait le même choix, même s'ils avaient attendu le jour du vote pour se rendre dans l'isoloir.

Lors des dernières élections, près d'un électeur sur cinq (19,3 %) a voté par anticipation. Ce taux était de 16,6 % en 2012, mais de seulement 5,6 % en 2003.