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La Suède pacifiste, grande exportatrice d'armement

20/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Pays pacifiste s'il en est, la Suède ne craint pas pour ses exportations d'armements après le refus exprimé dimanche par les électeurs suisses au projet d'achat d'avions de combats Saab pour l'armée de la Confédération helvétique.

Dans l'usine Saab de Linköping (sud-est), sous le regard attentif du chef opérateur Lars Ydreskog, les techniciens peaufinent la nouvelle chaîne d'assemblage de la prochaine génération des avions de chasse Gripen.

La Suède a déjà commandé 60 exemplaires de cette pièce maîtresse de l'industrie militaire suédoise.

Cet avion est conçu pour faire concurrence aux meilleurs appareils russes, explique M. Ydreskog à l'AFP. L'appareil est doté d'un système d'interconnexion unique permettant aux avions de communiquer et de se répartir les tâches de détection, brouillage électronique ou de tirs.

"C'est ce travail stratégique que le Brésil et la Suisse ont remarqué", note-t-il. Brasilia a choisi le Gripen face au Rafale du français Dassault-aviation et au F/A-18 Super Hornet de l'américain Boeing. Le gouvernement suisse qui avait opté pour le suédois a dû renoncer après le non de ses électeurs.

La Suède est le troisième plus gros exportateur d'armes au monde par habitant, derrière Israël et la Russie.

Avec la fin de la guerre froide, les budgets militaires ont reculé mais la Suède a vu ses exportations d'armes tripler dans les années 2000. En 2013, Saab et 60 autres entreprises d'armement, y compris Bofors et BAE Sytems, ont vendu des armes suédoises à 55 pays pour 11,9 milliards de couronnes (1,3 milliard d'euros).

Parmi ces clients des régimes sont pointés du doigt pour leurs violations des droits de l'homme, comme l'Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis ou le Pakistan.

- Armer les dictateurs -

"Les Suédois se considèrent comme très éthiques et restrictifs quand il s'agit de donner aux dictateurs ce qui les aide à rester puissants", souligne un expert de l'Institut de recherche international sur la paix à Stockholm (SIPRI), Siemon Wezeman.

"Par le passé, ils n'auraient jamais fait affaire avec l'Arabie Saoudite, à cause des droits de l'Homme (...) mais ça a changé. (...) Ils leur ont vendu des Eriye (des systèmes radar de repérage) et des missiles antichar", poursuit-il.

En 2012, le ministre de la Défense, Sten Tolgfors, a démissionné suite à la révélation par la radio publique suédoise de la fourniture aux Saoudiens d'un soutien technique pour une usine de missiles.

Le lance-roquettes Carl Gustav de Saab est lui tombé entre les mains de militaires birmans ou des shebab en Somalie, des régimes avec lesquels Stockholm ne traiterait jamais directement.

Ce souhait d'indépendance, qui a poussé la Suède à développer une puissante industrie d'armement, est une piètre excuse depuis qu'elle a renforcé ses liens avec l'Otan, selon le militant pacifiste Martin Smedjeback.

"Les politiques utilisent l'argument des emplois et de la technologie parce qu'il y en a d'autres qu'ils ne peuvent pas mentionner, comme: c'est viril et j'aime ce qui est viril", estime ce militant d'Action directe pour la paix (OFOG).

Pour certains experts, la Suède pourrait acheter son matériel militaire moins cher à l'étranger. Mais "le gouvernement veut aider l'industrie à se concentrer sur les sous-marins et les avions de chasse. (...) Ces deux armes représentent nos intérêts de sécurité nationale", déclare à l'AFP Allan Widman, parlementaire de la coalition de centre-droit au pouvoir et pro-Otan.

"Je pense que le point de vue des politiques suédois est que l'industrie et la technologie de défense font partie des acteurs essentiels à l'économie suédoise", estime-t-il.

"Le gouvernement suédois, comme beaucoup d'autres, sait qu'une technologie de défense de pointe profite à d'autres secteurs", souligne Gunnar Hult, directeur adjoint du Collège national de Défense.

"Les gens se soucient davantage des emplois locaux que de ce que l'on fait en Arabie Saoudite", considère-t-il, rappelant que ce secteur industriel emploie 30.000 salariés.

Pour M. Hult, la politique étrangère suédoise a parfois coïncidé avec ses intérêts commerciaux, comme lorsque son armée a participé à l'application par l'Otan d'une zone d'exclusion aérienne en Libye en 2011. "Notre participation à la campagne de Libye a pas mal profité au Gripen. Ce qu'aucun homme politique n'admettra jamais", souligne-t-il.

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