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La France et le Brésil avancent, lentement, dans leur coopération économique

20/05/2014 03:35 EDT | Actualisé 20/07/2014 05:12 EDT

La France et le Brésil ont progressé mardi vers une meilleure coopération en matière d'innovation industrielle afin d'intensifier leurs échanges commerciaux et technologiques, mais les entreprises françaises se heurtent encore à des écueils réglementaires et culturels brésiliens.

Quelques mois après la visite d'Etat du président François Hollande au Brésil en décembre dernier, les deux pays ont signé mardi à Paris une déclaration conjointe d'innovation.

Ce "partenariat technologique" concerne les secteurs dans lesquels les deux pays comptent se renforcer en s'appuyant sur leur "complémentarité très forte", a expliqué à la presse le ministre français de l'Economie, Arnaud Montebourg, après la signature du document avec son homologue brésilien Mauro Borges.

L'objectif est de renforcer les échanges commerciaux bilatéraux et d'augmenter les investissements croisés, a souligné M. Borges de son côté.

Et il reste du chemin à parcourir: si les échanges commerciaux ont plus que doublé entre 2003 et 2012, ils n'atteignaient que 10 milliards de dollars l'an dernier. Sur une balance commerciale brésilienne de 500 milliards, selon le ministre brésilien.

L'ojectif est de "doubler à nouveau nos échanges dans les dix ans à venir. Ce cap est notre boussole", a souligné le ministre française des Affaires étrangères Laurent Fabius en clôturant le Forum.

En matière d'investissement direct à l'étranger (IDE), le bilan est tout aussi morose puisque la France n'apporte que 4 à 5% du total engrangé par le plus grand pays d'Amérique du sud (dont la superficie fait quinze fois la France). L'Hexagone a reculé au 8e rang de ses investisseurs étrangers (5e en 2010).

Afin de renverser la tendance, le président français et son homologue brésilienne Dilma Rousseff ont lancé en décembre dernier le forum économique Brésil-France, qui réunit des chefs d'entreprises, des responsables d'organisations patronales et d'institutions de financement. La deuxième édition s'est tenue mardi matin au siège du Medef à Paris.

Si l'ensemble des intervenants ont relevé le potentiel "considérable" et la forte attractivité du Brésil pour les entreprises françaises, ils ont également déploré les difficultés réglementaires et culturelles persistantes et appelé de leurs voeux la conclusion "le plus rapidement possible" d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne (UE) et le Mercosur.

- 'encore trop de freins au développement des échanges' -

Des avancées ont certes été effectuées ces derniers mois en matière de visa, de création d'entreprises, de législation contractuelle ou encore de sécurité sociale, a expliqué Charles-Henry Chenut, avocat et président de la commission Amérique latine et Caraïbes des conseillers du commerce extérieur de la France (CCEF).

Mais des obstacles se dressent toujours: les banques, dans un souci de lutter contre l'argent sale, sont "crispées" face à l'arrivée de capitaux étrangers et assez réticentes par la suite lorsque les entreprises souhaitent transférer des fonds hors du Brésil, a-t-il relevé, ajoutant que la protection de la propriété industrielle et intellectuelle est quasi inexistante.

"Il y a encore trop de freins au développement de ces échanges", a relevé M. Fabius. "Il convient dans l'intérêt partagé des entreprises des deux pays d'éliminer ces entraves", a-t-il ajouté.

Le président de la Confédération nationale de l'Industrie (CNI) du Brésil, Robson Braga de Andrade, a reconnu que son pays était "complexe", avec une "bureaucratie compliquée" mais a rejeté la qualification de pays "protectionniste".

Pour appuyer ses dires, il a relevé que la taxation des importations était plafonnée à 35% avec une moyenne de 11% pour les marchandises.

Le Brésil, septième économie mondiale et membre du G20, recèle nombre d'opportunités dans des secteurs où les groupes français se démarquent au niveau mondial: énergie, transports, infrastructures urbaines, agro-alimentaire, traitement des déchets, chimie et pharmacie.

En matière énergétique, outre l'exploitation du pétrole pré-salifère dans lequel le Brésil est un précurseur, les sources renouvelables occupent une place majeure dans la production d'électricité. 67% de l'électricité est actuellement produite grâce à l'hydraulique, 9% par la biomasse et 3% par l'éolien.

Les deux pays souhaitent par ailleurs coopérer davantage dans la chimie du végétal, les infrastructures intelligentes et le tourisme, a indiqué Jean-Charles Naouri, PDG du groupe Casino et représentant spécial pour le développement des relations avec le Brésil, précisant que deux autres groupes de travail seront constitués d'ici l'été concernant la santé et les industries agro-alimentaires.

Environ 600 entreprises françaises sont implantées au Brésil (environ 500.000 emplois), et une centaine de sociétés brésiliennes sont présentes en France. Les deux Etats veulent également qu'elles s'allient pour partir à la conquête, ensemble, de pays tiers en particulier en Afrique.

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