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Spectre d'une guerre civile en Libye

19/05/2014 09:01 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

La Libye s'enfonce davantage dans l'anarchie après l'attaque du Parlement à Tripoli par un groupe armé et l'offensive lancée par le chef d'une force para-militaire contre les groupes radicaux dans l'Est.

Ces violences risquent de plonger le pays dans la guerre civile et raviver les rivalités entre des dizaines de milices qui obéissent à leurs propres intérêts, qu'ils soient d'ordre idéologique, régional ou tribal.

Ces milices dominées par les islamistes font la loi dans le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, les autorités de transition ne parvenant pas à former une armée et une police disciplinées.

Les anciens commandants, officiers ou soldats de l'armée sous Mouammar Kadhafi, bien que certains aient participé à la révolte l'ayant renversé, ont été marginalisés ou écartés par les nouvelles autorités.

Vendredi, l'un de ses généraux à la retraite Khalifa Haftar a lancé à Benghazi (est) une opération baptisée "Dignité" contre des groupes islamistes lourdement armés ayant fait de cette ville leur fief: bilan, 79 morts et 141 blessés.

Plusieurs officiers de la région orientale, y compris des forces aériennes, ont rejoint M. Haftar, en menant des raids aériens contre les bases de ces groupes radicaux.

En parallèle, de puissantes milices de la région de Zenten (ouest), qui contrôlent le sud de Tripoli, ont lancé dimanche une attaque contre le Congrès général national (CGN, Parlement), la plus haute autorité politique et législative du pays, contestée depuis sa décision de prolonger unilatéralement son mandat.

Signe de l'impuissance du gouvernement à agir, il s'est contenté de condamner une "tentative de coup d'Etat" conduite par Haftar, et a dénoncé le recours par les milices de Zentanis "aux armes pour exprimer des opinions politiques".

Il a, dans un communiqué lu par le ministre de la Justice, Salah Al-Marghani appelé au dialogue national.

Les Zentanis, considérés comme le bras armé du courant libéral en Libye, réclament la dissolution du CGN, dominé par les islamistes, Frères musulmans et radicaux.

Après l'attaque éclair contre les locaux du CGN, les Zentanis se sont retirés vers leur fief sur la route de l'aéroport où des combats les ont opposés à des milices islamistes. Les affrontements ont fait deux morts et 55 blessés, selon un bilan officiel.

- Test -

Face au chaos sécuritaire, l'Arabie saoudite a annoncé la fermeture de son ambassade à Tripoli et l'évacuation de l'ensemble de son personnel diplomatique, tandis que les compagnies aériennes tunisienne Tunisair et Syphax Airlines ont annoncé l'annulation de l'ensemble de leurs vols vers et depuis la Libye.

L'attaque contre le CGN a été revendiquée aussi bien par des officiers au sein de la force de Haftar que par les Zentanis.

"Si à l'est, ils ont commencé l'opération 'Dignité', nous lançons l'opération 'Liberté'", a déclaré dimanche à la télévision Abdallah Naker, un ex-commandant rebelle de Zenten à la tête d'une formation politique.

Depuis la fin de la révolte en octobre 2011, des rivalités opposent les Zentanis à M. Haftar, "mais une alliance contre les islamistes est probable", estime un officier de l'armée régulière.

Ajoutant à la confusion, le colonel Mokhtar Fernana, affirmant s'exprimer au nom des "membres de l'armée et des révolutionnaires (ex-rebelles)" a annoncé "la suspension du CGN", sur deux chaînes de télévision.

Les autorités n'ont pas réagi à cette annonce.

Pour des observateurs, ces opérations à Benghazi et Tripoli sont un "test" pour évaluer la réaction de la communauté internationale ainsi que le soutien de la population et d'autres milices et militaires au plan national.

M. Haftar, qui a retiré ses troupes de Benghazi pour "réorganiser ses unités", martèle qu'il ne souhaite en rien conquérir le pouvoir mais ne fait que répondre "à la demande de la population" et combattre le terrorisme.Ce général à la retraite avait passé 20 ans aux Etats-Unis avant de rentrer en Libye pour participer à la rébellion de 2011.

Pour aggraver davantage la situation, le pays, qui dépend exclusivement de ses revenus d'hydrocarbures, a vu sa production chuter considérablement en raison du blocage par des rebelles autonomistes des ports pétroliers de l'Est.

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