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Soudan : appel d'experts de l'ONU à libérer la chrétienne condamnée à mort

19/05/2014 11:06 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Neuf experts de l'ONU en droits de l'Homme ont appelé lundi à la libération immédiate de la jeune chrétienne condamnée à la peine de mort par pendaison pour apostasie au Soudan.

"Cette condamnation scandaleuse doit être annulée et Mme Ibrahim doit être immédiatement libérée", ont déclaré les experts, dont celui de l'ONU sur le Soudan, Mashood Baderin, et celui de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Christof Heyns.

Née d'un père musulman et d'une mère chrétienne, Meriam Yahia Ibrahim Ishag, 27 ans, a été condamnée jeudi dernier en vertu de la charia telle qu'elle est en vigueur au Soudan depuis 1983 et qui interdit les conversions sous peine de mort.

Mme Ishag, mariée à un chrétien du Soudan du Sud, a également été condamnée à 100 coups de fouet pour "adultère". D'après l'interprétation soudanaise de la charia, une musulmane ne peut épouser un non-musulman, et toute union de ce type est considérée comme un adultère.

Selon les experts de l'ONU, Mme Ibrahim a été arrêtée en 2013 pour "adultère" car vivant avec un chrétien, avec lequel elle était mariée depuis 2012.

Or, soulignent-ils, tout un chacun dispose du droit fondamental de se marier et de fonder une famille. Sans compter que juger une personne pour adultère est "contraire au droit international". Ils ont en outre dénoncé un procès inéquitable qui ne s'est pas déroulé en bonne et due forme.

En février dernier, les autorités soudanaises avaient par ailleurs accusé Mme Ibrahim d'apostasie, lui demandant d'abjurer sa foi chrétienne.

Croire en une religion ou une autre ne peut en aucun cas être considéré comme un crime, relèvent les experts qui soulignent par ailleurs qu'imposer une religion est contraire au droit international.

La jeune femme et son bébé de 20 mois se trouvent actuellement, dans de "dures conditions", dans la prison pour femmes d'Omdurman, près de Khartoum. Enceinte, il est prévu qu'elle accouche au cours des prochaines semaines.

"Imposer la peine de mort à une femme enceinte ou à une jeune mère est fondamentalement cruel et conduit à une violation de l'interdiction absolue de la torture", ont noté les experts, qui dénoncent par ailleurs un procès inéquitable.

Vendredi dernier, Navi Pillay, Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, avait également fustigé la condamnation à mort de Mme Ibrahim et avait fait part de ses inquiétudes quant à sa "santé physique et mentale".

Si les peines de flagellation sont souvent exécutées au Soudan (pays en majorité musulman), la peine de mort l'est rarement.

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