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Ouganda: une infirmière condamnée à la prison pour transmission du sida

19/05/2014 12:55 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Un tribunal ougandais a condamné lundi à trois ans de prison pour "négligence" une infirmière séropositive qui avait utilisé sur un bébé de deux ans une aiguille avec laquelle elle venait de se piquer.

Le cas de Rosemary Namubiru, 64 ans, arrêtée en janvier, a profondément divisé la société ougandaise. Des journaux l'ont qualifiée d'"infirmière tueuse" en l'accusant d'avoir cherché à infecter sciemment le bébé, alors que des militants de la lutte contre le sida ont vu en elle la victime d'une stigmatisation grandissante des séropositifs en Ouganda.

L'infirmière avait initialement été inculpée de tentative d'assassinat.

"Ce qui s'est passé, c'est qu'elle essayait de poser une canule sur le bébé, mais il bougeait beaucoup et elle s'est piquée", a expliqué Stella Kentutsi, qui dirige le Forum national des personnes vivant avec le VIH/sida et soutient l'infirmière.

"Une fois le bébé calmé, elle a continué et utilisé la même canule", a-t-elle ajouté, dénonçant le "battage médiatique et la désinformation" autour de ce procès.

Selon les tests, l'enfant est séronégatif mais des responsables estiment qu'il est trop tôt pour se prononcer, même si la durée d'incubation du virus est généralement considérée comme de trois mois maximum.

Ce procès s'est déroulé à peine une semaine après l'adoption par le Parlement ougandais d'une nouvelle loi qui criminalise la transmission délibérée du VIH et les partisans de la loi ont utilisé l'affaire de "l'infirmière tueuse" pour défendre cette législation.

Des ONG et des acteurs de la lutte contre le sida ont au contraire estimé que cette nouvelle loi allait notamment dissuader les gens de se faire tester volontairement, afin de pouvoir invoquer l'ignorance de leur séropositivité en cas de transmission.

L'épidémie de sida connaît un regain en Ouganda, longtemps félicité pour ses succès dans la lutte contre le sida, notamment concernant l'utilisation du préservatif. De 18% en 1992, le taux de prévalence avait chuté à 6,4% en 2005 avant de repartir à la hausse pour s'établir à 7,3% en 2011, selon les chiffres officiels.

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