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François et les orthodoxes: "pèlerinage oecuménique" au milieu de divisions séculaires

19/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 18/07/2014 05:12 EDT

Le pape François va effectuer "un pèlerinage oecuménique en Terre Sainte" avec le patriarche de Constantinople Bartholomée, alors que des divisions ancestrales, de Jérusalem à l'Ukraine, minent les Eglises orthodoxes et catholiques menacées par l'islamisme au Moyen Orient.

Une prière en commun des treize Eglises présentes à Jérusalem dans la basilique du Saint-Sépulcre --lieu où, selon la tradition chrétienne, le Christ a été crucifié et où se trouve son tombeau-- sera "une grande nouveauté oecuménique" car "elle n'a jamais eu lieu dans un lieu saint de Jérusalem", a souligné le porte-parole du pape, le père Federico Lombardi.

François a choisi le cinquantième anniversaire de la rencontre historique du pape Paul VI et du patriarche oecuménique de Constantinople Athénagoras, à Jérusalem, pour relancer l'élan oecuménique en s'y rendant avec son successeur Bartholomée. Cette échéance a été déterminante dans le choix de Jorge Bergoglio.

Sous la devise "qu'ils soient un", le logo du voyage représente Saint Pierre, chef de l'Église de Rome, et Saint André, chef de l'Église de Constantinople, sur une barque, à la voile tenue par une seule croix.

Jamais depuis le grand schisme de 1054, orthodoxes et catholiques n'ont été si proches doctrinalement. Sur de nombreux problèmes de société et sociaux, ils sont en phase. Mais la primauté du pape reste un obstacle. Or, ce pape, qui se présente comme "évêque de Rome" et multiplie les gestes de respect pour l'orthodoxie, bénéficie d'un préjugé favorable. Par des anciens contacts à Buenos Aires et Rome, François connait par ailleurs la problématique orthodoxe en Europe de l'Est.

Tous les patriarches catholiques et orthodoxes ainsi que des protestants devraient être présents dimanche au Saint-Sépulcre, espère le Vatican.

ruptures et rivalités

Une telle prière oecuménique ne relève "cependant pas de la magie! Pas besoin de chercher beaucoup pour voir que l'Eglise est divisée et blessée", relève pour l'AFP le jésuite David Neuhaus, responsable de la communauté catholique hébraïque de Jérusalem.

Les divisions des chrétiens les affaiblissent, alors que, menacés par les groupes islamistes, ils fuient massivement les terres des ancêtres.

Entre ruptures acerbes et rivalités feutrées, elles opposent orthodoxes et catholiques mais aussi Eglises orthodoxes et Eglises catholiques d'Orient entre elles. Elles sont issues d'une longue histoire de rivalités, propriétés, traditions et privilèges: de la gestion compliquée du Saint-Sépulcre par cinq Eglises, jusqu'à de lointains terrains comme l'Ukraine, où deux Eglises orthodoxes concurrentes et une Eglise grecque catholique rivalisent.

Dernier divorce en date: il y a quinze jours, les patriarcats orthodoxes de Jérusalem et d'Antioche ont rompu. Le premier aurait empiété sur le "territoire canonique" de l'autre, en fondant un diocèse au Qatar.

François a souvent mis en avant "l'oecuménisme du sang" qui rapproche ces Eglises, avec leurs "martyrs", notamment en Syrie et en Irak. Un message qu'il devrait répéter en Terre Sainte, notamment face aux réfugiés syriens.

Bartholémée, grand ami des papes Benoît XVI et François, est le "primus inter pares" parmi les patriarches mais n'a juridiction en Turquie même que sur 9.000 fidèles, et quelque 3 millions en Grèce. Une position de prestige mais un poids plume, notamment face au patriarcat de Moscou, deuxième communauté chrétienne du monde, avec ses 130 millions de fidèles.

Le présence du Patriarcat de Moscou est assurée par la "Mission russe de Jérusalem", actuellement dirigée par l'higoumène Théophane. Vraisemblablement Théophane le représentera à la prière commune.

Des orthodoxes russes --à l'instar des juifs de Russie-- émigrent vers la Terre Sainte. Une ONG "Société impériale orthodoxe de Palestine" joue un rôle très important pour les intérêts russes.

Le conflit en Ukraine ne facilite pas le rapprochement qui s'était dessiné sous Benoît XVI et François entre le Vatican et le patriarche Kirill de Moscou. L'Eglise orthodoxe de Moscou, puissante en Ukraine, accuse les "uniates", les grecs-catholiques ukrainiens rattachés à Rome, traditionnellement anti-russes, de soutenir le nouveau régime à Kiev.

Un sommet historique Kirill-François semble difficile à envisager tant que ce conflit n'est pas réglé.

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