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Brabham, une écurie qui a marqué la Formule 1

19/05/2014 09:13 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Avec sa "voiture aspirateur", le premier titre mondial d'une monoplace à moteur turbo ou son essence survitaminée, l'écurie créée en 1962 par Jack Brabham, décédé dimanche, a marqué l'histoire de la Formule 1 et servi de marche-pied à Bernie Ecclestone.

En 1978, alors que la Lotus 79 à effet de sol conçue par Colin Chapman semblait imbattable pour des adversaires dépassés sur le plan aérodynamique, le génial ingénieur Gordon Murray offrit à Niki Lauda au Grand Prix de Suède un véritable ovni: la Brabham BT46B, dite "voiture aspirateur".

Une énorme turbine placée sous l'aileron arrière et officiellement présentée comme un système de refroidissement, extrayait l'air situé sous la voiture qui s'en trouvait aspirée vers le sol, lui procurant une adhérence inégalée et même inimaginable pour ses propres concepteurs.

"Je n'avais pas imaginé qu'elle irait si vite, elle était honteusement rapide", reconnut alors Gordon Murray.

Au point que consigne avait été donnée à Lauda, alors champion du monde en titre, de ne pas utiliser tout le potentiel de sa monoplace avant la course elle-même, de peur de ne pas être autorisé à prendre le départ.

Qualifié derrière la Lotus d'Andretti, Lauda patienta donc quelques tours du Grand Prix de Suède avant de franchement ouvrir les gaz et de s'envoler vers une irrésistible victoire.

Mais différentes pressions ont poussé Brabham à retirer sa phénoménale BT46B dès le GP suivant.

Côté Fédération internationale du sport automobile (Fisa), l'ancêtre de la FIA, alors présidée par l'autoritaire Français Jean-Marie Ballestre, la légalité du système d'aspiration pouvait être discutée car aucun élément aérodynamique d'une F1 ne peut être mobile. Or une turbine... tourne.

- Mister E aux commandes -

Mais, selon Murray, ce sont surtout les concurrents qui ont eu raison de la BT46. Non pas tellement les pilotes, qui affirmaient que la turbine éjectait sur eux tous les graviers sur lesquels elle passait. Mais bien les directeurs d'écurie qui se trouvaient pris de court face au bolide.

Or, le patron de l'écurie Brabham, un certain Bernie Ecclestone, était à l'époque en pleines manoeuvres politiques à la tête de l'Association des constructeurs (Foca) pour contrecarrer la toute-puissance de Ballestre. Et c'est pour ne pas risquer de perdre le soutien de ses collègues et concurrents qu'il aurait sacrifié la voiture aspirateur et laissé filer au profit de Lotus les titres mondiaux pilotes (Mario Andretti) et constructeurs.

"La voiture aspirateur n'a jamais été interdite, assure Murray. S'il n'y avait pas eu le problème des constructeurs, nous aurions pu utiliser la voiture le reste du championnat et le gagner facilement".

Mais "Mister E" était sur sa route pour devenir le patron de la F1 et aucun obstacle ne devait le freiner.

Toutefois, avant de prendre les commandes de la discipline reine du sport automobile en dirigeant ses droits commerciaux, Ecclestone eut encore de nombreux succès, historiques et contestés, à la tête de Brabham qu'il dirigea jusqu'en 1987.

Avec le Brésilien Nelson Piquet au volant, Brabham décrocha un 3e titre mondial des pilotes en 1981 puis un 4e encore plus retentissant en 1983.

Car la sculpturale Brahbam BT52, motorisée par BMW, fut la première monoplace équipée d'un turbo victorieuse du championnat du monde de F1. Mais ce triomphe historique fut entâché d'une polémique concernant l'essence, survitaminée et non conforme, utilisée par les Brahbam.

Depuis sa création en 1962 par Jack Brabham et jusqu'à la catastrophique saison 1992 au terme de laquelle elle disparaîtra, l'écurie Brabham aura donc écrit des pages inoubliables de la grande histoire de la F1. Elle aura été servie par les plus grands ingénieurs et dirigeants, aura confié ses volants à certains des meilleurs pilotes et peut se targuer de l'un des plus beaux palmarès de la discipline: 394 Grands Prix, 2 titres mondiaux des constructeurs (1966, 1967), 4 titres mondiaux pilotes (1966, 1967, 1981, 1983), 35 victoires, 39 pole positions et 124 podiums.

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