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Soudan: l'arrestation d'un opposant compromet le "dialogue national"

18/05/2014 09:04 EDT | Actualisé 18/07/2014 05:12 EDT

L'arrestation de l'opposant et ancien Premier ministre soudanais Sadek al-Mahdi compromet le "dialogue national" engagé en janvier dans le but de trouver une solution aux multiples crises que traverse le pays, selon des analystes et responsables politiques.

Le parti soudanais d'opposition Oumma, dirigé par M. Mahdi, a annoncé son intention de quitter ce "dialogue national" après l'arrestation de son chef samedi soir.

M. al-Mahdi fait l'objet d'une enquête pour des accusations de trahison, selon sa fille Mariam al-Mahdi, une cadre du parti.

Il a été entendu dimanche par des procureurs à la prison de Kober à Khartoum, où il est détenu, a annoncé à des journalistes Sara Najdallah, secrétaire générale du parti Oumma.

"Nous sommes profondément inquiets. Ce n'est pas la bonne façon de mener un dialogue national", a déclaré un porte-parole de l'ambassade du Royaume-Uni au sujet de cette arrestation.

Selon Magdi el-Gizouli, de l'institut de recherches Rift Valley Institute, l'arrestation de M. al-Mahdi reflète l'état des rapports de forces politiques dans un pays où les services de sécurité "se moquent" des possibles conséquences sur le dialogue initié par le président Omar el Béchir.

Avec cette arrestation, le régime "a retiré ses promesses de dialogue et est revenu à la case départ", avait affirmé samedi soir Mme Najdallah, en réclamant la libération immédiate de M. al-Mahdi.

"Le parti Oumma annonce avoir cessé le dialogue avec le parti du Congrès national" de M. Béchir, avait-elle ajouté.

Mme Najdallah a également appelé ses partisans à s'opposer pacifiquement à cette arrestation.

Des centaines de partisans se sont ainsi rassemblés dimanche au siège du parti à Omdourman, la ville-jumelle de Khartoum, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les manifestants portaient des pancartes appelant à dire "non au dialogue avec la sûreté nationale".

Le parti de Oumma et le Congrès populaire de l'islamiste Hassan Tourabi étaient les principales formations politiques visées par ce dialogue qui aurait pu conduire à la formation d'un gouvernement de coalition.

M. Béchir, arrivé au pouvoir il y a 25 ans par un coup d'Etat alors que M. Mahdi était Premier ministre, avait annoncé en janvier un "dialogue national" pour répondre à la volonté de changement exprimée notamment dans un important mouvement de contestation en septembre.

- Parti au pouvoir 'bicéphale' -

Cette politique de "renaissance" a été lancée alors que le pays est miné par des rebellions, une profonde crise économique et un isolement sur la scène internationale.

Mais des doutes existent sur le réel soutien du parti du président, le parti du Congrès national (NCP), à cette politique d'ouverture.

"Je pense qu'il y a une sorte de NCP bicéphale maintenant", a estimé M. el-Gizouli.

Un homme politique de l'opposition, qui a demandé à ne pas être identifié, a également évoqué les dissensions présumées au sein du NCP, soulignant que "arrêter Sadek (al-Mahdi) serait une très bonne manière de rompre le dialogue".

Certains suggèrent que le leader islamiste Tourabi ne voudrait pas partager le pouvoir avec M. al-Mahdi si le dialogue aboutissait à un nouveau gouvernement, et que ce dernier pourrait tirer profit de son arrestation qui génère un "renouveau de son image" a ajouté le politicien.

De nombreux Soudanais se méfient de M. al-Mahdi car un de ses fils est conseiller du président Béchir, et un autre fait partie du puissant Service national de renseignement et de sécurité (NISS).

Selon Asma Mahmoud Muhammad Taha, militante de l'opposition, il n'est jamais clair s'il est avec le gouvernement ou l'opposition.

"Il fait la navette entre les deux bords", déclare-t-elle.

Mais selon M. el-Gizouli, Sadek al-Mahdi, descendant d'un légendaire réformateur religieux soudanais, reste un leader important.

M. al-Mahdi avait été entendu jeudi par la Cour de sécurité d'Etat après avoir accusé une unité paramilitaire, les Rapid support forces (RSF), de "viols" et de "pillage" au Darfour, région de l'ouest du Soudan théâtre depuis 2003 d'une rébellion armée.

Des chefs des RSF avaient rejeté comme des "allégations mensongères" ces accusations.

Ces paramilitaires veulent se présenter comme des forces régulières, "pas des vagabonds", pour éviter le risque d'être désavoués par le régime, a expliqué M. el-Gizouli.

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