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Libye: le général Khalifa Haftar, putschiste ou héros anti-terroriste ?

18/05/2014 10:38 EDT | Actualisé 18/07/2014 05:12 EDT

Khalifa Haftar, un ancien général accusé de tentative de coup d'Etat par les autorités, se présente comme un "sauveur" de la Libye face aux groupes islamistes qui y sèment le chaos.

M. Haftar, 71 ans, qui avait pris part à la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, a lancé vendredi matin une opération contre des groupes qu'il a qualifiés de "terroristes" à Benghazi (est), considérée comme le fief de nombreuses milices islamistes lourdement armées. Ces affrontements ont fait au moins 79 morts et 141 blessés.

Accusé par les autorités de vouloir profiter de l'anarchie dans laquelle est plongée le pays depuis des mois pour mener un coup d'Etat, M. Haftar, qui s'appuie sur des anciens officiers de l'armée de Kadhafi, affirme qu'il n'a aucunement l'intention de prendre le pouvoir, et qu'il ne fait que répondre "à l'appel du peuple".

Sorti des rangs de l'académie militaire de Benghazi et formé dans l'ancienne Union soviétique, l'ex-général participe au coup d'Etat militaire de 1969 ayant renversé la monarchie des Senoussi, et mené Mouammar Kadhafi au pouvoir.

Il poursuit ensuite sa carrière au sein de l'armée du dictateur déchu. Pendant la guerre libyo-tchadienne (1978-1987), il est à la tête d'une unité lorsqu'il est fait prisonnier par les forces tchadiennes. Il est alors lâché par Tripoli, qui affirme que le général ne fait pas partie de son armée.

Les Américains parviennent à le libérer, une opération qui reste aujourd'hui encore une énigme, et lui accordent l'asile politique aux Etats-Unis, où il rejoint le mouvement de l'opposition libyenne à l'étranger.

Il est tour à tour soupçonné par le régime de Kadhafi puis par les rebelles d'être un agent de la CIA.

- Chef militaire controversé -

Après plus de vingt ans d'exil, il rentre à Benghazi en mars 2011, peu après le déclenchement de la révolte qui a renversé le régime kadhafiste, et est nommé chef des forces terrestres par le Conseil national de transition (CNT), le bras politique de la rébellion. Il a alors sous ses ordres de nombreux anciens officiers du régime qui ont fait défection.

Mais les autorités de transition ne lui font pas totalement confiance, voyant en lui un militaire ambitieux et avide de pouvoir, et craignant qu'il instaure à terme une nouvelle dictature militaire, selon un ancien membre du CNT s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

Une féroce rivalité l'oppose en outre au général Abdel Fatah Younès, commandant militaire de la rébellion assassiné dans des conditions énigmatiques en juillet 2011.

Mais il a le soutien entier des anciens soldats du régime. Peu après la chute de Kadhafi, environ 150 officiers et sous-officiers le nomment nouveau chef d'état-major, tentant de mettre le CNT devant le fait accompli, une nomination qui n'a toutefois jamais été officialisée.

Depuis, ses apparitions publiques se font de plus en plus rares.

Lorsqu'il s'exprime, il ne manque pas de critiquer les autorités, qu'il accuse de favoriser l'influence de milices d'ex-rebelles, et d'avoir marginalisé les officiers de l'ancienne armée de Mouammar Kadhafi, quand bien même ils avaient rejoint très tôt les rangs de la rébellion.

Haussant le ton en février, il avait publié sur internet une vidéo controversée dans laquelle il annonçait une "initiative" prévoyant la suspension des autorités de transition, une déclaration considérée par certains responsables libyens comme l'annonce d'une tentative de coup d'Etat.

ila/cbo

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