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L'ex-trader français Kerviel menacé d'un mandat d'arrêt européen

18/05/2014 07:04 EDT | Actualisé 18/07/2014 05:12 EDT

L'ex-trader Jérôme Kerviel, attendu en France pour y purger une peine de prison, est menacé d'un mandat d'arrêt européen s'il reste en Italie, et ses tentatives d'impliquer François Hollande dans sa défense se heurtent à une fin de non-recevoir.

Alors que Kerviel a annoncé dimanche rester en Italie, en attendant une réponse de l'Elysée à sa demande de protection de témoins dans son dossier, la justice française a indiqué qu'"un mandat d'arrêt européen serait délivré à son encontre" s'il ne se rendait pas d'ici à minuit (22H00 GMT).

"A l'expiration du délai de convocation au commissariat de Menton (sud-est de la France) ce soir à minuit, Jérôme Kerviel sera considéré en fuite et un mandat d'arrêt européen sera délivré à son encontre dans le respect de la décision de justice le concernant", a souligné dans un communiqué le parquet général de la cour d'appel de Paris.

Quant au président français, son entourage a fait savoir que "aucune rencontre n'est à l'ordre du jour" avec les avocats de Kerviel et que le chef de l'Etat était "attaché au respect" des décisions de justice.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a pour sa part conseillé à Jérôme Kerviel de "rentrer en France pour purger sa peine", au lieu "d'inspirer des polémiques qui n'ont pas lieu d'être".

L'ex-trader de la Société Générale avait demandé dans un communiqué à ce que ses avocats puissent rencontrer François Hollande "afin de lui exposer l'ensemble des dysfonctionnements graves" qui ont, selon lui, marqué son procès.

Jérôme Kerviel, condamné de manière définitive à cinq ans de prison dont trois ferme pour des malversations estimées à 4,9 milliards d'euros découvertes en 2008 - qui avait dissimulé ses prises de risques sur des produits financiers dérivés en introduisant de fausses données dans un système automatisé - a aussi demandé que l'exécution de sa peine soit suspendue. "Il n'y a aucune urgence à l'emprisonner, sinon à le faire taire", ont avancé ses avocats dans le même texte.

- "J'attends côté italien la réponse du président" -

"J'attends côté italien la réponse du président de la République, sur l'immunité que je demande pour protéger les personnes qui sont prêtes à parler", a écrit Kerviel, réitérant sa position de la veille, quand il avait arrêté sa marche à Vintimille (Italie), juste avant la frontière et la France.

L'ex-trader, seul condamné dans le dossier, et qui continue à accuser son ancienne banque d'avoir couvert ses agissements avant de se retourner contre lui, a demandé samedi au président français de garantir "l'immunité" aux personnes pouvant témoigner en sa faveur.

L'Elysée n'a pas répondu à cette demande, se contentant d'indiquer que si Kerviel sollicitait la grâce présidentielle "sa demande serait examinée selon la procédure habituelle, c'est-à-dire après une instruction et un avis de la chancellerie".

Mais Kerviel a exclu de faire ce recours en grâce.

"Je ne suis pas coupable. Je ne me mettrai jamais à genou face à une décision qui a été inique", a -t-il martelé dimanche au côté de son avocat, David Koubbi.

L'ancien courtier entré à la Société Générale à 23 ans et aujourd'hui âgé de 37 ans, symbole des dérives qui ont mis à terre le système bancaire mondial comme avant lui le banquier escroc américain Bernard Madoff, s'est métamorphosé en repenti et en pourfendeur d'un système financier "amoral".

Il a achevé à Vintimille plus de deux mois de marche à pied commencée le 5 mars à Rome, après avoir le 19 février échangé quelques mots avec le pape François lors d'une audience générale.

Le pape s'est prononcé à maintes reprises pour une régulation des marchés financiers, contre la corruption et le capitalisme sauvage.

C'est lors de sa marche que Kerviel a appris la validation de sa condamnation à cinq ans de prison par la Cour de cassation. Celle-ci a cependant annulé sa condamnation à rembourser la Société Générale, ouvrant la voie à un procès civil.

Le comité de soutien de l'ex-trader compte des religieux catholiques, dont l'évêque de Gap et Embrun Jean-Michel di Falco et un prêtre, Patrice Gourrier. Ce dernier a annoncé dimanche qu'il entamait un jeûne "qui se poursuivra tant que l'incarcération de Jérôme ne sera pas différée".

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