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La démocratie directe, fondement de la démocratie suisse

17/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Les électeurs suisses ont l'habitude d'être consultés sur les sujets les plus divers. Dimanche, ce sera sur le salaire minimum et l'achat d'avions de combat, récemment ce fut sur l'immigration ou les bonus des dirigeants d'entreprises.

"La démocratie directe c'est ce qui maintient les politiques proches du peuple", souligne le président du parlement à Berne, le démocrate-chrétien Ruedi Lustenberger. "C'est le noyau de notre système", dit-il à l'AFP. D'ailleurs personne en Suisse ne se hasarde à le mettre en cause.

"Chez nous, les votations populaires, c'est le peuple suisse qui dit ce que va être introduit dans la Constitution. C'est après aux politiques, au gouvernement, de faire des propositions, comment on va le mettre en oeuvre", explique Corina Casanova, Chancelière de la Confédération, soit la chef de l'administration du gouvernement.

Elle rappelle que le processus législatif est long, émaillé de beaucoup de consultations et de débats mais ces votations sont un moyen de trouver des solutions "très spécifique, lié à notre histoire. C'est un système qui permet la stabilité politique".

"Nous sommes une nation de paysans, nous n'avons jamais eu de roi", plaisante-t-elle.

Selon des statistiques, il y a eu dans le monde depuis la Révolution française 1.645 referendums, 591 ont eu lieu en Suisse.

Chaque trimestre un vote est organisé sur une série de propositions à caractère national et une autre série au niveau des régions. Ces initiatives populaires doivent recueillir un nombre déterminé de signatures selon leur nature pour pouvoir être programmées.

Le referendum peut être demandé par le parlement ou par les citoyens qui doivent alors réunir 100.000 signatures. Le gouvernement expose sa position et dans 75% des cas il obtient le soutien des électeurs.

La Suisse moderne a été constituée en 1848 après une courte guerre civile entre catholiques et protestants.

Les électeurs approuvèrent une constitution qui a cherché à contrebalancer le poids des vainqueurs protestants, de même que celui de la majorité alémanique sur les minorités francophone et de langue italienne.

La démocratie directe "est un instrument politique qui à l'origine était conçu quelque part pour donner une moyen de défense aux minorités", estime Tobias Schnebli, un élu d'extrême gauche de la ville de Genève.

Selon lui "c'est un système qui permet toujours de tirer le frein d'alarme" et il a "été utilisé surtout par les courants politiques qui ne sont pas dominants".

Le système des initiatives populaires a été introduit en 1891. Depuis, selon les données officielles, il y en a eu 168 au niveau national soumises au vote et seulement 21 ont été approuvées. Ce qui fait qu'elles ont aussi considérées comme une sorte de soupape de sécurité.

"Cela rend les décisions plus légitimes" et les campagnes impliquent la population dans les débats politiques, note Clive Church, du Centre sur la politique suisse à l'Université de Kent en Grande Bretagne.

"Mais il faut faire attention car même les Suisses finissent par se lasser d'avoir à voter quatre fois par an et d'avoir à consulter tous ces documents des referendum", prévient-il.

Toutefois, avec le vote par correspondance, la participation est généralement forte.

Cette démocratie directe a un prix, 7 millions de francs suisses par referendum (5,7 millions d'euros), environ 1,5 franc suisse par citoyen, précise Mme Casanova.

"Le Conseil fédéral (le gouvernement) accepte toujours le résultat des votations populaires", assure-t-elle. Cela n'empêche toutefois pas la recherche de solutions pour en atténuer les effets, comme actuellement sur la question de l'immigration et de la libre-circulation, après un vote surprise en début d'année, qui a mis à mal les relations de la Suisse avec l'Union Européenne. Le délai pour appliquer un vote est de trois ans, assez pour stimuler l'imagination des politiques.

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