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Intempéries "bibliques" en Serbie: "sauve-qui-peut"

17/05/2014 03:33 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT

"Vous avez des chaussettes de rechange, des pulls et vos pyjamas. Soyez sages", conseille Jelica Mitic à ses deux fillettes qui embarquent pour Belgrade dans un autobus à Baric, bourgade parmi les plus sinistrées par les pires inondations depuis un siècle en Serbie.

La situation dans cette agglomération d'un peu plus de 7.000 habitants est chaotique.

Redoutant des crues imminentes de la Sava, les habitants abandonnent la ville à la va-vite.

Un silence lourd s'est abattu sur Baric où, dans certains jardins, on aperçoit encore des jouets d'enfants éparpillés ou des chiens abandonnés à leur sort.

La police, postée à la sortie de Baric, interdit aux civils et à la presse tout accès.

Dans le sens inverse, en revanche, des colonnes interminables d'autobus et de tout genre de véhicules - taxis, voitures de la police voire des tracteurs -, évacuent les derniers habitants d'Obrenovac, ville voisine, entièrement submergée par les crues et devenue ville fantôme vidée de la quasi totalité de ses quelque 20.000 âmes.

Les sinistrés sont emmenés vers des centres d'accueil improvisés à Belgrade, à seulement une trentaine de km de Baric et d'Obrenovac.

"Mes filles iront chez des cousins, moi je dois rester, ma mère est clouée au lit et ne peut pas être évacuée. C'est une catastrophe", s'exclame en larmes Jelica Mitic, 36 ans, en suivant du regard l'autobus qui s'éloigne avec ses fillettes à son bord vers la capitale.

Dans le centre de la bourgade des dizaines de policiers épuisés, les bottes alourdies par la boue qui ont passé la nuit à secourir les sinistrés d'Obrenovac attendent la relève.

"Il reste peut-être un peu plus d'un millier d'habitants d'Obrenovac à faire sortir. Je n'ose même pas penser aux victimes, on le saura quand les eaux se seront retirées", confie à l'AFP l'un d'entre-eux sous le couvert de l'anonymat.

- "On ne se remettra jamais de cette catastrophe" -

Certains n'ont pas l'intention de partir.

"J'habite sur les hauteurs de Baric, je suis confiant que la Sava n'arrivera pas jusqu'à ma maison. Le problème c'est qu'il n'y a pas d'électricité et que tous les magasins sont fermés", dit Zivko Radovic, 29 ans.

Plusieurs dizaines de personnes arrivent à pied depuis Obrenovac portant dans des sacs en plastique et petites valises, le peu de biens personnels qu'ils ont pu emporter.

"A Obrenovac, on ne se remettra jamais de cette catastrophe. J'habite un immeuble de quatre étages. Lorsque l'eau a dépassé le rez-de-chaussée j'ai eu très peur, mais fort heureusement les secouristes sont venus nous chercher", lâche Radoslav Zivanovic, 21 ans, un étudiant.

Sa soeur et sa mère ont déjà été évacuées et il ne sait pas où les chercher.

Les rumeurs les plus folles courent parmi les habitants de Baric.

Certains assurent qu'une digue près de la centrale thermique Nikola Tesla à Obrenovac s'est écroulée et qu'une inondation est imminente. Des secouristes s'emploient à les calmer.

Milenko Misic, 64 ans, observe le regard perplexe la Sava depuis la terrasse de sa maison, située non loin de la rivière furieuse et en crue.

"Mes affaires sont prêtes, ma voiture aussi. Je partirai à la tombée du soleil. Je n'ai jamais vu cette rivière aussi menaçante", soupire cet homme au visage ridé et aux yeux bleu acier en montrant du doigt les eaux boueuses de la rivière.

Quelques kilomètres plus loin, à Umka, des centaines de volontaires s'attelaient à empiler des sacs de sable pour renforcer une digue dans l'espoir de parvenir à contenir les crues.

"Nous étions en route pour Obrenovac, mais les autorités nous ont demandé de rester et aider ici, à Umka. Apparemment on ne peut plus rien faire pour Obrenovac", confie l'un d'entre eux, Milovan Srdic, 46 ans, venu de Novi Sad, à 70 km au nord de Belgrade.

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