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Catastrophe minière en Turquie: sur fond de polémiques, les opérations de secours proches de la fin

17/05/2014 05:33 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT

Les opérations de récupération des victimes touchaient samedi à leur fin quatre jours après la catastrophe minière de Soma, qui a relancé la fronde contre le régime du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à trois mois de l'élection présidentielle.

Au lendemain d'une violente intervention de la police contre des milliers de manifestants qui réclamaient, à quelques kilomètres des lieux du drame, la démission du gouvernement, le bilan du plus grave accident industriel de l'histoire de la Turquie s'est encore aggravé pour approcher le seuil des 300 victimes.

"Le bilan se monte désormais à 299 morts. Je pense qu'il reste encore trois mineurs toujours coincés au fond", a déclaré à la presse le ministre de l'Energie Taner Yildiz.

Tôt samedi matin, un nouvel incendie s'est déclaré dans le puits, compliquant encore un peu plus le travail de progression des sauveteurs dans ses galeries ravagées par l'explosion, a ajouté M. Yildiz.

Depuis l'accident de mardi, des dizaines de milliers de Turcs sont descendus dans les rues du pays pour dénoncer l'entreprise Soma Kömür Isletmeleri, accusée d'avoir privilégié la rentabilité au détriment de la sécurité de ses salariés, et surtout le pouvoir islamo-conservateur, soupçonné d'avoir couvert cette course au profit.

"Le charbon ne pourra pas réconforter le coeur des enfants de ceux qui sont morts à la mine", proclamait une banderole déployée vendredi par les milliers de manifestants qui ont envahi les rues de Soma.

Dans une ville toujours sous le choc, les forces de l'ordre sont intervenues sans ménagement, à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau, alimentant encore un peu plus la colère contre le gouvernement.

"Dans un pays européen, le gouvernement aurait démissionné. Mais eux nous prennent pour des moutons !", a lancé un mineur à la retraite, Eyyüp Gülmez. "Ce n'est pas un coup du destin, c'est un meurtre", a renchéri un autre manifestant, Burhan Celik.

Même s'il a promis de faire "toute la lumière" sur ses causes, M. Erdogan a d'ores et déjà imputé cette catastrophe d'un autre âge à la seule fatalité, balayant d'un revers de main toutes les accusations de négligence.

- Nouvelles critiques -

"Les accidents sont dans la nature-même des mines", a-t-il notamment estimé.

Mais à quinze jours du premier anniversaire de la vague de contestation qui a fait vaciller son régime, cette ligne de défense, jugée méprisante par l'opposition turque, a alimenté une nouvelle fronde contre le Premier ministre, dans un climat de tensions exacerbé par les échéances électorales et les scandales.

Plusieurs incidents survenus pendant sa visite mouvementée jeudi sur les lieux de la catastrophe ont exacerbé ces critiques.

Une vidéo largement diffusée vendredi sur les réseaux sociaux a montré M. Erdogan, connu pour ses coups de colères, s'en prenant à un habitant de Soma en l'agrippant par le cou et en le traitant d'"espère de sperme d'Israël".

Des photos, dévoilées la veille, d'un de ses conseillers assénant des coups de pied à un manifestant retenu à terre par deux gendarmes ont alimenté un peu plus la controverse sur la dérive autoritaire de l'homme qui règne sans partage sur la Turquie depuis 2012.

Malgré un scandale de corruption sans précédent visant des dizaines de ses proches, le parti de M. Erdogan a remporté haut-la main les municipales du 30 mars. Il s'apprête désormais à se présenter à la présidentielle des 10 et 24 août.

Dans ce climat délétère, les explications embrouillées livrées vendredi par la compagnie qui exploite la mine de Soma ont été accueillies par une volée de critiques.

"Nous n'avons commis aucune négligence", a affirmé son directeur d'exploitation, Akin Celik, lors d'une conférence de presse très tendue.

Pressés de questions, ces dirigeants ont été contraints de concéder que la mine ne disposait d'aucune chambre de sécurité susceptible de protéger les mineurs des émanations de monoxyde de carbone à l'origine de la mort de la plupart des victimes.

Dans son édition de samedi, le quotidien Milliyet affirme qu'un rapport préliminaire sur les causes de la catastrophe a également pointé du doigt le manque de détecteurs de monoxyde de carbone dans la mine.

Mis en cause dans la presse pour sa proximité avec le pouvoir, le PDG de la compagnie, Alp Gürkan, s'était vanté en 2012 d'être parvenu à réduire de 130 à 24 dollars la tonne les coûts de production dans sa mine.

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