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Sri Lanka: il y a cinq ans, la rébellion tamoule tombait dans un déluge de feu

16/05/2014 04:34 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Sri Lanka, mai 2009. Les troupes gouvernementales écrasent dans le sang la dernière poche de résistance tamoule dans le nord de l'île. Cinq ans plus tard, les survivants racontent l'enfer dans le souvenir brûlant des disparus.

Mullivaikkal, un village posé sur une étroite langue de sable au bord de l'océan, fut le dernier combat des rebelles tamouls, après 37 ans d'une guerre civile qui aura fait 100.000 morts, selon des estimations de l'ONU.

"C'est le lieu qui a connu le plus grand nombre de morts" lors de l'offensive finale de l'armée, témoigne Anthony Nirmalakanthan, un pêcheur de 31 ans.

Le gouvernement de Colombo, accusé de crimes de guerre qu'il nie farouchement, commémore ce week-end sa victoire en organisant des parades militaires à travers le pays. Les veuves et les orphelins de Mullivaikkal se recueilleront dans la prière.

"La guerre est finie mais notre esprit n'est pas en paix", dit Anthony Nirmalakanthan. "L'anniversaire (de 2009) ne fait que réveiller de terribles souvenirs".

Le bain de sang s'était conclu par la mort du chef suprême des Tigres tamouls, Velupillai Prabhakaran, sur un lagon près du village, le 18 mai 2009.

Les Nations unies estiment que 40.000 civils tamouls furent tués dans la région dont fait partie Mullivaikkal. Le gouvernement l'avait décrétée zone sûre, des milliers de personnes s'y étaient réfugiées.

Depuis la fin de la guerre, le district pauvre de Mullaittivu, à 300 kilomètres au nord-est de la capitale, a connu un rapide développement économique.

Le gouvernement du président Mahinda Rajapakse a engagé de grands chantiers d'infrastructure, construit routes et ponts, rétabli le réseau électrique. Les banques ont fleuri et l'internet à haut débit est gratuit.

La région est aussi devenue un site touristique très populaire auprès de la majorité cingalaise.

Le gouvernement a fait ériger des monuments à la mémoire de ses soldats ainsi qu'un musée rassemblant des objets pris aux Tigres qui, au faîte de leur puissance, contrôlèrent un tiers du territoire national.

Les monuments tamouls, nombreux pendant le conflit, ont disparu.

- 'Nous sommes constamment surveillés' -

Les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), eux aussi accusés de violations des droits de l'Homme, est aujourd'hui une organisation interdite et les autorités ont proscrit les commémorations publiques en l'honneur de leurs combattants à l'occasion du 5ème anniversaire du 18 mai.

"Cette victoire (de mai 2009) appartient à chaque citoyen de ce pays", a justifié le porte-parole de l'armée, Ruwan Wanigasooriya.

Selon Sanathana Sharma, un prêtre hindou de 23 ans, les Tamouls du district se réuniront chez eux. "Le recueillement et les prières seront essentiellement privés", explique à l'AFP le prêtre dans son temps de la ville d'Oddusuddan.

Presque toutes les familles de ce district de 112.000 habitants ont perdu des proches dans les derniers jours de la guerre, les plus sanglants. Les maisons ont été détruites par les combats et les bombardement d'artillerie.

Vathana Baaskari, 51 ans, affirme revivre le traumatisme de la guerre dès qu'elle sort de chez elle. "Tant de gens sont morts ici. Les victimes étaient enterrées à condition qu'un parent proche se manifeste. Une tombe sommaire était un luxe", assure-t-elle.

Blessé par des éclats d'obus, son mari a succombé 10 jours avant la fin de la guerre.

Shyamala Kamalanath, 27 ans, a elle aussi perdu son mari, ainsi que sa belle-mère. "Je n'avais pas réalisé que j'avais aussi reçu un éclat d'obus. Cinq membres de ma famille proche ont été tués dans les derniers mois et au moins 25 blessés".

Armée ou rebelles? Personne ne saura jamais vraiment de quel côté venaient les obus et les balles meurtriers. Mais même le gouvernement reconnaît la mort de milliers de civils.

Si les habitants sont encore pleins de rage contre les rebelles qui se servirent d'eux comme des boucliers humains, ils expriment autant d'aversion pour la présence militaire omniprésente.

Des soldats en civil ont voulu empêcher un photographe de l'AFP de prendre des photos du village dont des maisons aux murs criblés de mitraille portent encore le témoignage de la violence.

"Quand vous serez partis, des agents du renseignement viendront nous voir pour nous demander ce que nous vous avons dit", confie un habitant. "Nous sommes constamment surveillés".

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