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Renvoi de Jill Abramson: la place des femmes dans les médias en débat

16/05/2014 02:06 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Le licenciement soudain de la directrice de la rédaction du New York Times, Jill Abramson, a rouvert le débat sur la place des femmes dans les médias aux Etats-Unis et la question de l'égalité salariale avec les hommes.

Si le Times a assuré que Jill Abramson, brusquement congédiée mercredi de la tête du célèbre quotidien, poste qu'elle occupait depuis septembre 2011, n'était pas moins payée que ses homologues masculins, la nouvelle a provoqué une tempête dans l'univers de la presse. Elle a aussi fait resurgir d'anciennes inquiétudes liées à la discrimination sur la base du sexe et à la place des femmes dans un milieu encore largement dominé par les hommes.

"La fureur des femmes journalistes qui s'identifient à Abramson s'explique par quelque chose que nous savons bien: le fait que fournir un travail excellent n'est pas suffisant", écrit, dans le Guardian, Emily Bell, directrice du Tow Center for Digital Journalism à l'Université Columbia.

"Les femmes doivent apparemment être complètement différentes des hommes qu'elles remplacent (ou qui les remplacent) -- elles doivent s'adapter au pouvoir qu'on les autorise brièvement à avoir, sans transgresser les rôles attribués à chaque sexe dont elles ne sont pas autorisées à s'échapper", poursuit-elle.

Certains affirment que le licenciement précipité d'Abramson constitue un recul pour la cause des femmes, trois ans à peine après que celle-ci eut accédé à l'un des postes les plus prestigieux du journalisme américain.

"La présence d'Abramson (à la tête du quotidien) a permis à toute une nouvelle génération de femmes au Times de commencer à entrevoir un possible avenir à la direction du journal", estime Amanda Hess pour Slate.com. "Elle a aussi aidé à revoir l'approche masculine du journal à l'égard de la couverture de l'information".

Un rapport publié le mois dernier par le Women's Media Center, un groupe créé en 2005 par l'actrice Jane Fonda et la militante Gloria Steinem, révèle que les progrès pour les droits des femmes dans le monde des médias stagnent depuis plusieurs années.

- Renvoi "humiliant" -

Selon ce document, le pourcentage de femmes journalistes à plein temps dans les salles de rédaction en 2013 était de 36%, soit "un chiffre largement inchangé depuis 1999". Un examen des articles publiés en une du New York Times l'an passé montre en outre que les hommes ont été cités 3,4 fois plus que les femmes, même si ce taux n'était pas aussi élevé lorsque l'auteur de l'article était de sexe féminin.

Un autre rapport publié par l'Université de l'Indiana souligne que le revenu moyen des femmes employées dans des journaux en 2012 était d'environ 5.000 dollars inférieur à celui des hommes. Le centre de recherche Pew dresse un tableau similaire.

"Notre analyse des données révèle que dans l'ensemble il y a eu très peu de changements significatifs dans la proportion de femmes employées dans les salles de rédaction ou à des postes de direction des médias ces dernières années", résume Monica Anderson du Pew Research Center Journalism Project.

Celle-ci précise sur un blog que "quasiment la même proportion de femmes (35%) occupaient des postes d'encadrement dans des journaux en 2012" que durant les années précédentes. "Un nombre qui n'a également que très peu changé depuis 1998".

Le journaliste du New Yorker, Ken Auletta, affirme que le salaire de départ de Jill Abramson en 2011 était de 475.000 dollars par an, comparé à 559.000 dollars pour son prédécesseur Bill Keller. Le salaire d'Abramson est ensuite passé à 503.000 dollars, puis à 525.000 dollars après qu'elle eut protesté.

Mais le propriétaire du quotidien, Arthur Sulzberger Jr., a assuré jeudi que le montant du salaire d'Abramson était "comparable" à celui de ses prédécesseurs et qu'aucune discussion à ce sujet n'avait joué de rôle dans son renvoi.

"En fait en 2013", dit-il, "l'ensemble de ce qu'elle a touché était de 10% supérieur à ce qu'a reçu son prédécesseur" lors de sa dernière année pleine en tant que directeur de la rédaction en 2010.

"Quels que soient les calculs d'Arthur Sulzberger Jr.", écrit Rebecca Traister dans New Republic, le licenciement d'Abramson était "l'un des plus durs et des plus humiliants de l'histoire récente des médias".

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