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Inde: les nationalistes hindous promettent une "nouvelle ère" après leur victoire

16/05/2014 05:57 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Le parti nationaliste hindou de Narendra Modi célébrait vendredi une victoire écrasante aux législatives en Inde, promettant une "nouvelle ère" fondée sur la relance de l'économie après dix ans de pouvoir du parti du Congrès.

Les résultats provisoires donnaient en début d'après-midi une majorité absolue au parlement pour le Bharatiya Janata Party (BJP) de Modi, une première depuis 30 ans pour un parti seul.

"L'Inde a gagné. Les beaux jours arrivent", a réagi Modi dans un tweet.

Ces premiers résultats dépassent toutes les prévisions des sondeurs. Dans les locaux du BJP de toute l'Inde, les festivités battent leur plein depuis le matin, avec distributions de confiserie et lancers de pétards.

Ce triomphe du BJP remodèle le paysage politique indien, transformant le parti nationaliste hindou en puissance politique nationale au détriment d'un parti du Congrès de la dynastie Gandhi-Nehru réduit à la portion congrue, dur revers pour une formation habituée à diriger le pays.

"C'est le début du changement, la révolution d'un peuple et le début d'une nouvelle ère", a déclaré à l'AFP un dirigeant du BJP, Prakash Javadekar, depuis le siège du parti à New Delhi.

Les attentes sont fortes au sein de la population indienne qui veut croire que le nouvel homme fort de l'Inde pourra reproduire les recettes économiques testées dans son Etat du Gujarat, qu'il dirige depuis 2001.

Modi, fils d'un vendeur de thé de 63 ans, a monopolisé l'attention pendant toute la campagne électorale, promettant d'incarner un pouvoir fort à même de relancer l'économie indienne tout en gommant son passé de leader nationaliste hindou controversé.

Le dirigeant du BJP est regardé avec méfiance par la minorité musulmane depuis les émeutes de 2002 dans le Gujarat.

A l'opposé, le parti du Congrès sort usé par dix ans de pouvoir, des scandales de corruption à répétition et puni pour son incapacité à relancer la croissance et à juguler l'inflation. Il a rapidement reconnu sa défaite qui pourrait être la plus cinglante de son histoire.

"Nous acceptons la défaite. Nous sommes prêts à siéger dans les rangs de l'opposition", a dit le porte-parole et dirigeant du parti, Rajeev Shukla, devant les journalistes au siège du parti.

"Modi a promis monts et merveilles à la population. Les gens ont acheté ce rêve", a-t-il ajouté.

Selon les projections, le BJP dépasserait la majorité absolue des 272 sièges sur 543, et aurait plus de 300 sièges avec ses alliés.

Le Premier ministre Manmohan Singh, qui avait estimé en janvier que Modi serait un "désastre pour le pays" a appelé son probable successeur pour le féliciter.

- Economie, une tâche gigantesque -

Les marchés boursiers indiens, après avoir bondi en matinée dans la perspective d'une nette victoire de Modi, étaient à l'équilibre vendredi après une hausse de 5% depuis le début de semaine. Les investisseurs font preuve d'un optimisme, que certains jugent exagéré, sur sa capacité à sortir l'Inde de ses difficultés: infrastructures défaillantes, inflation galopante, etc.

"Il a devant lui une tâche gigantesque qui va prendre du temps car les problèmes économiques sont vraiment aigus. Il n'a pas de baguette magique", a estimé D.K. Joshi, chef économiste de l'agence de notation Crisil, auprès de l'AFP.

Les grands industriels du pays soutiennent le dirigeant du BJP en raison du bon accueil reçu par les entreprises sur ses terres du Gujarat tandis que son ascension sociale a convaincu une partie de la population qu'il pourrait incarner un pouvoir fort et efficace.

Au-delà des nationalistes hindous, Modi a réussi à rallier une partie des plus pauvres qui votaient traditionnellement pour le Congrès et ses programmes sociaux.

"Modi est arrivé au bon moment, alors que la population est gagnée par l'abattement", estime Mohan Guruswamy, du think-tank Centre for Policy Alternatives.

La nette défaite devrait chambouler le Congrès et poser la question de la capacité de la famille Gandhi à diriger le pays. A 43 ans, Rahul Gandhi a conduit une campagne jugée terne, incapable de lui donner un élan et les résultats préliminaires ne lui donnaient qu'une faible avance dans sa circonscription.

L'arrivée de Modi au pouvoir constituerait un changement radical pour les grands pays occidentaux qui ont boycotté le dirigeant indien pendant près de dix ans après les émeutes qui ont ensanglanté le Gujarat en 2002.

Plus de 1.000 personnes ont été tuées dans ces émeutes, essentiellement des musulmans. Modi a été accusé d'avoir encouragé les violences.

Pendant la campagne, il s'est abstenu de mettre en avant les revendications nationalistes les plus radicales du programme du BJP.

"Il sera jugé sur l'économie. Et s'il échoue à relancer l'économie? Le plan B pourrait être l'hindutva", à savoir le nationalisme hindou, estime Christophe Jaffrelot, chercheur à Sciences Po à Paris et au King's College de Londres.

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