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Brésil: vers un procès civil à Rio contre des militaires de la dictature

16/05/2014 01:42 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

Une juge brésilienne a donné son feu vert à l'ouverture d'un procès civil à Rio où seront jugés cinq militaires et un policier soupçonnés d'avoir participé à un attentat à la bombe raté qui visait un concert en 1981, dans les dernières années de la dictature.

Dans sa décision publiée jeudi sur le site du ministère de la Justice, la juge Ana Paula Vieira de Carvalho juge recevable le dossier d'accusation que lui a soumis le Parquet pour notamment les délits d'homicide volontaire, d'association de malfaiteurs et de transport d'explosifs.

L'affaire avait été classée par la justice militaire.

Le colonel Wilson Luiz Chaves Machado, retraité de l'armée, figure parmi les accusés. Capitaine à l'époque des faits, il avait été gravement blessé et son complice tué par l'explosion de la bombe qu'ils devaient faire exploser dans le centre de conventions Riocentro le soir du 30 avril 1981. Ce soir là, veille de 1er mai, s'y déroulait un concert devant 20.000 personnes.

La bombe a explosé trop tôt dans la voiture où se trouvaient les deux hommes. A l'époque le gouvernement militaire avait attribué l'attentat à la gauche radicale.

"Les crimes de torture, homicides, disparitions de personnes, commis par des agents de l'Etat comme formes de persécution politique dans la période de la dictature (1964-85) représentent des crimes contre l'humanité", souligne la juge dans sa décision, considérant qu'à ce titre, ces crimes ne tombent pas sous le coup de la loi d'amnistie de 1979.

Le retour à la démocratie en 1985 s'est accompagné d'une large impunité en faveur des responsables de violations des droits de l'homme, en raison de cette loi d'amnistie qui a permis aux exilés politiques de rentrer mais aussi aux tortionnaires de ne jamais répondre de leurs crimes.

Le Brésil est, sous couvert de cette loi d'amnistie, le seul pays d'Amérique du Sud à n'avoir jamais jugé les crimes de son ancienne dictature.

Toutefois, la justice civile brésilienne a déjà formellement accusé plusieurs responsables de la répression, notamment à Sao Paulo, mais aucun procès n'a encore été ouvert à ce jour.

Cette décision est "une victoire de ceux qui luttent pour la mémoire de la vérité au Brésil", s'est félicitée la Commission de la Vérité crée en 2012 par la présidente Dilma Rousseff, un ancienne guérilléra.

Le Brésil ne reconnaît officiellement que quelque 400 morts et disparus sous son ancienne dictature au regard des 30.000 morts en Argentine et plus de 3.200 au Chili.

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