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Tunisie: un blogueur très actif durant la révolution en détention provisoire

15/05/2014 08:37 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Le parquet tunisien a émis jeudi un mandat de dépôt contre un militant très actif durant la révolution de 2011 pour détention et consommation de cannabis alors qu'une campagne pour assouplir la loi sur ce délit prend de l'ampleur.

Azyz Amami ainsi que son ami Sabri Ben Mlouka, arrêtés en même temps dans la nuit de lundi à mardi, seront jugés à partir du 23 mai par la Cour correctionnelle de Tunis pour "détention et consommation de stupéfiants", a déclaré à l'AFP leur avocat Bassem Trifi.

Azyz Amami "nie catégoriquement ces faits", a-t-il ajouté, sans apporter de précisions sur les accusations notamment la quantité de drogue dont il est question.

Le parquet tunisien n'était pas joignable en début d'après-midi jeudi.

Peu après l'annonce des placements en détention, des dizaines de personnes ont manifesté près du ministère de l'Intérieur dans le centre de Tunis pour exiger la libération des deux hommes.

"Azyz Amami est un prisonnier d'opinion", "A bas l'Etat policier", proclamaient des pancartes.

"Libérez Azyz et Sabri!", "Ministère de l'Intérieur, ministère terroriste!", ont crié les manifestants qui faisaient face à un cordon de police.

Azyz Amami, qui est suivi par des dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux, avait déjà été emprisonné dans les derniers jours du régime de Zine El Abidine Ben Ali après avoir relaté en détails les évènements de la révolution.

Il avait raconté aussi avoir été interpellé et passé à tabac par des policiers en septembre 2011, une vengeance selon lui pour une blague publiée en ligne et jugée insultante par les forces de l'ordre.

Le blogueur est toujours, dans ses écrits et dans ses apparitions dans les médias, très critique des forces de l'ordre, si bien que certains de ses partisans estiment qu'il a été visé par la police en raison de ses opinions.

Azyz Amami et Sabri Ben Mlouka ont été arrêtés en vertu de la loi relative aux stupéfiants, considérée comme rigide car prévoyant une peine d'un à cinq ans de prison ferme sans que le magistrat puisse recourir à des circonstances atténuantes.

Le Premier ministre tunisien Mehdi Jomaa s'est dit mercredi favorable à une réforme de cette législation qui "n'est plus en phase avec l'époque".

Un collectif a été récemment créé pour réclamer des sanctions moins sévères, alors que plus de 50% des personnes en détention provisoire et environ un tiers des condamnés ont été arrêtés en lien avec des affaires de stupéfiants, surtout le cannabis, selon des chiffres de l'ONU.

Le collectif estime que cette législation a été et reste utilisée pour réprimer la liberté d'expression, nombre d'artistes, notamment des rappeurs critiques des forces de l'ordre, ayant été emprisonnés sur cette base.

Les ministères de la Justice et de la Santé sont en train d'examiner les moyens d'"humaniser" la législation, a récemment dit à l'AFP Nabil Ben Salah, le directeur général de la Santé, tout en précisant qu'une dépénalisation n'était pas à l'ordre du jour.

Une responsable au ministère des Affaires sociales s'est au contraire prononcé publiquement contre la révision de cette législation, arguant que ce "fléau s'est intensifié depuis la révolution".

"Alléger les sanctions (pour consommation de stupéfiants) n'est pas admissible", a jugé Naïma Jelassi, directrice de la réintégration sociale sur les ondes de la radio Mosaïque FM.

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