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Les Suisses votent dimanche sur l'achat du Gripen

15/05/2014 07:49 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Avant une consultation populaire dimanche, un débat animé agite ces dernières semaines la Suisse sur la nécessité d'acheter 22 avions de chasse suédois Gripen, transformant brusquement politiciens et activistes en experts aéronautiques.

Ces personnalités sont prêtes à discourir sans fin sur les qualités et surtout les défauts supposés de cet appareil ou sur les impératifs de la défense aérienne aujourd'hui.

Une votation dimanche à l'initiative de la Gauche et de certains Verts est consacrée à l'acceptation ou au refus du plan de financement du gouvernement pour cet achat de 3 milliards de francs suisses (2,46 milliards d'euros).

Ce plan prévoit une ponction de 300 millions pendant dix ans sur le budget régulier de l'armée.

C'est le biais trouvé par les adversaires du projet pour le bloquer, alors que la commande a déjà été approuvée par le parlement en septembre 2013 et qu'une votation ne peut remettre en cause un vote parlementaire.

Le scrutin s'annonce relativement serré, le dernier sondage donne 51% pour le rejet et 44% pour l'approbation, mais ces dernières semaines le camp du "oui" a progressé de 2%, les adversaires du projet ont perdu 1%.

"C'est l'encéphalogramme plat, je pensais que le conflit ukrainien nous apporterait plus de voix et que de nombreux citoyens feraient le choix de la raison malgré les errements du ministre de la défense, Ueli Maurer, et ses plaisanteries de potache", a commenté Christophe Darbellay, le président du PDC (Parti démocrate chrétien).

Il s'est retrouvé juché à cinq mètres du sol sur un échaffaudage mobile devant le parlement à Berne la semaine dernière en compagnie de trois autres dirigeants de la droite parlementaire pour essayer de donner symboliquement un peu de hauteur à la campagne.

"Halte à la polémique, il faut revenir au sujet", a lancé Philipp Müller, président du PLR (Parti libéral radical) demandant que l'on réponde à deux questions: est-ce que la Suisse a besoin d'un avion de combat et est-ce que le Gripen répond aux exigences?

La démarche a été accueillie par les sarcasmes d'un élu vert, Christian Van Singer, adversaire historique des dépenses militaires. "On aurait dit une séquence du Dictateur, quand Charlot essaye d'être assis plus haut que Mussolini, mais gare à la descente", a-t-il plaisanté pour les caméras de la télévision publique RTS.

On ne sait pas encore si cette action surprise "pour prendre de la hauteur" influencera le vote, pour le moment elle vaut surtout une plainte de la police municipale du commerce pour manifestation non déclarée devant le parlement en session, avec une possible amende de 5.000 francs suisses (4.100 euros).

Pour Hugues Hiltpold, architecte de profession et parlementaire PLR, vice-président du comité "Oui au Gripen" l'avion de combat "est certes le meilleur marché mais il correspond aux missions demandées, la défense de l'espace aérien et la police du ciel".

La découverte lors du détournement sur Genève d'un avion d'Ethiopian Airlines à la mi-évrier que les pilotes de chasse suisses ne volent qu'aux heures de bureau, avec une pause pour le déjeuner et ni la nuit ni les weekends, ce qui avait obligé les chasses italiennes puis françaises à escorter l'appareil, avait déclenché une moquerie générale.

"C'est une décision prise par le parlement dans un souci d'économies, alors que les avions de chasse Tiger (la Suisse dispose de 54 vieux Tiger de fabrication américaine) incapables de voler la nuit et par mauvais temps, arrivaient en bout de course. Je comprends que cela fasse sourire mais avec de nouveaux avions nous serions dans une dynamique inverse", rétorque Hugues Hiltpold dans sa campagne.

Mais les adversaires du projet, dont les plus actifs sont ceux du Groupe pour une Suisse sans armée, affirment pêle-mêle que la facture sera bien plus lourde, que la Suisse est entourée de pays amis et que l'avion, dont la variante E commandée n'existe que sur le papier, n'est pas assez performant ou qu'il sera toujours temps plus tard de réconsidérer une autre commande.

Pour le constructeur suédois Saab, qui construit le Gripen, la remise en cause du contrat suisse serait un rude coup, quelque peu compensé par la commande en 2013 par le Brésil de 36 Gripen NG pour 4,5 milliards de dollars.

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