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Les gouvernements doivent changer d'angle d'attaque dans la lutte pour l'intégrité du sport

15/05/2014 01:13 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Que faire face à l'influence des réseaux criminels dans le domaine du sport ? Des experts ont invité jeudi à Paris les gouvernements à entrer plus en amont dans la lutte contre le crime organisé grâce à une meilleure coopération internationale.

"Je ne compare pas notre lutte à celle qui est menée contre le terrorisme. Mais on réussit à combattre le terrorisme en l'arrêtant avant que des actes ne soient commis et nous devons nous inspirer de cet état d'esprit", a ainsi expliqué Chris Eaton, directeur du département Intégrité du Sport du Centre international pour la sécurité du sport (ICSS), une organisation basée à Doha qui a travaillé pendant deux ans avec des chercheurs de la Sorbonne sur ces questions.

Réunis en forum à Paris, les experts venus du monde entier ont dressé dans un rapport un constat alarmiste de l'état de l'intégrité du sport dans le monde.

Ils ont établi que 140 milliards de dollars étaient blanchis chaque année dans le monde à travers les paris sportifs, légaux et illégaux. Sur l'ensemble des paris réalisés dans le monde, plus de 80% sont totalement illégaux, dont plus de la moitié (53%) proviennent de la seule Asie.

Si les experts recensent "entre 300 et 700 cas de tricheries avérés" chaque année, le rapport ne pointe pour autant que la "partie visible de l'iceberg".

"Qu'est ce qui est avéré et qu'est ce qui ne l'est pas? Avec les méthodes de preuves dont on dispose, c'est très compliqué de le dire", a expliqué à l'AFP Laurent Vidal, qui dirige la chaire éthique et sécurité du sport au sein de la Sorbonne.

- Lessiveuses -

Les experts ont dressé des parallèles entre les réseaux criminels oeuvrant dans le sport et ceux qui gèrent "les trafics humains, de prostitution. Ce sont des réseaux très proches, quand ce ne sont pas les mêmes", a-t-il expliqué.

"Avant quand on était trafiquant d'armes ou esclavagiste, on passait par des lessiveuse financières dans lesquelles il ne restait que 60% des sommes investies. Avec les paris sportifs, cela passe à 95%. Ce sont des machines à lessiver l'argent", a souligné Laurent Vidal.

Pour M. Eaton, il s'agit donc de changer de prisme de lutte. "Le monde du sport ne comprend pas toujours qu'il est confronté à des comportements véritablement criminels. Même les sports les plus professionnels se comportent comme des amateurs dans ce domaine. Les gouvernements doivent donc rentrer dans la bataille", a-t-il asséné.

Les experts préconisent la création dans chaque Etat d'une structure pour coordonner les actions des autorités publiques ainsi qu'une taxe prélevée sur les paris sportifs afin de financer des enquêtes sur les matches truqués.

Ils ont insisté sur une nécessaire harmonisation des moyens de lutte ainsi que la mise en place d'une coopération internationale au sein d'une "plateforme commune".

"Je pense qu'il est crucial de travailler ensemble au niveau international. Pour lutter contre les paris illégaux, la coopération est le levier numéro un", a déclaré à l'AFP Wendela Kuper, la présidente de l'accord partiel élargi sur le sport (APES) au Conseil de l'Europe, qui travaille sur la finalisation du projet de convention internationale contre la manipulation de compétitions sportives, prévue à l'automne prochain.

"Nous serons l'un des premiers pays à le ratifier", a annoncé de son côté le secrétaire d'Etat au sport, Thierry Braillard, se déclarant en faveur d'une "haute autorité de l'intégrité sportive" en France, couplée à une "parfaite coordination au niveau international".

"On pourrait renforcer la législation en France et en Australie, mais comme c'est un phénomène transnational, les parieurs vont aller jouer ailleurs. Il n'y aura rien sans coopération, on ne peut pas faire autrement", a souligné Laurent Vidal en admettant qu'on ne pourrait "jamais éradiquer le fléau à 100%".

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