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La Turquie détient un triste record, celui du nombre de morts au travail en Europe

15/05/2014 07:40 EDT | Actualisé 15/07/2014 05:12 EDT

Pendant que les équipes s'affairent à remonter au compte-gouttes les derniers corps des entrailles de la mine de Soma, les experts rappellent que la Turquie détient un triste record: le nombre le plus élevé en Europe de morts causés par un accident du travail.

Près de 300 personnes sont mortes dans l'explosion mardi d'un transformateur apparemment de la mine de charbon de Soma, selon un bilan provisoire annoncé jeudi matin par le ministre de l'Energie Taner Yildiz.

Cet accident est la pire catastrophe industrielle que le pays a connue, mais pas le seul. En 1992, 263 personnes sont mortes dans une mine de Zonguldak (Nord), grand bassin minier.

"En 73 ans, plus de 3.000 mineurs sont morts en Turquie", a rappelé à l'AFP Kemal Özkan, représentant de l'IndustriALL Global Union basé à Genève.

Le pays a "probablement le pire record de tués dans des accidents miniers et explosions en Europe, et se place au troisième rang mondial", a-t-il ajouté.

"Le bâtiment, les mines et l'agriculture sont les trois secteurs les plus mortels en Turquie", a déclaré l'universitaire Fahri Erenel, interrogé par une chaîne de télévision.

"Les gouvernements doivent assurer la protection de leurs citoyens", souligne Kemal Özkan, s'appuyant sur la Convention 176 du Bureau international du travail, relative au secteur des mines et à la sécurité, qu'Ankara n'a pas ratifiée.

- Fiabilité des contrôles -

Trois semaines avant la catastrophe minière de Soma, le Parlement turc a refusé de former une commission chargé de faire un état des lieux de la sécurité des mines, ont rapporté des médias locaux.

Les propositions émises par l'opposition ont été rejetées par l'AKP, le parti de la Justice et du développement au pouvoir.

Ces allégations ne cessent d'exacerber davantage une frange de la population de plus en plus hostile au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

Le ministère du Travail s'est défendu balayant d'un revers de main ces accusations, affirmant que la mine de Soma a été contrôlée en mars et qu'aucun manquement n'a été relevé.

"Le problème est celui de l'indépendance des experts chargés d'évaluer les risques dans ces mines", souligne l'ancien président de la chambre des ingénieurs miniers Mehmet Torun, joint par l'AFP.

"Dans la mesure où ils sont payés par les entreprises qu'ils contrôlent, on peut s'interroger sur la fiabilité de leurs rapports", maugrée-t-il.

"Sur le papier, le personnel reçoit des formations de sécurité tous les six mois ou une fois par an, mais la question est de savoir à quel point ils sont formés aux risques."

"Il n'y a pas de diplôme pour être mineur", souligne Ayhan Yüksel, de l'Union des ingénieurs miniers (TMMO), dubitatif sur ces formations expéditives. "Le personnel est parfois illettré et souvent ce sont des gens qui ne sont pas allés au-delà de la primaire", dit-il.

Très vite après l'accident, la compagnie minière privée Soma Kömür Isletmeleri A.S s'est défendue, évoquant dans un communiqué "un accident tragique".

"Ce n'est pas un accident du travail, c'est un meurtre !", a riposté la Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie (DISK) sur son site Internet qui a appelé, avec d'autres syndicats, les salariés à débrayer et manifester leur colère contre l'Etat.

La Turquie compte plus de 7.000 mines tout type d'extraction confondue (charbon, marbre, souffre, cuivre, etc.), employant plus de 120.000 personnes.

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